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Macron: quand l’hubris n’est pas un vain mot

L'édito politique de Jérôme Leroy

Macron: quand l’hubris n’est pas un vain mot
Le président Macron s'adresse aux Français à la télévision le 31 mars 2021, et annonce un troisième confinement pour lutter contre le Covid-19 © ROMUALD MEIGNEUX/SIPA Numéro de reportage : 01012419_000018

Même lors de son allocution, Emmanuel Macron n’a pas esquissé l’ombre d’une autocritique, faisant passer ses erreurs d’appréciations pour autant de victoires. La faute à ce que les Grecs anciens appelaient, avec inquiétude, l’hubris.


Rarement on aura vu un homme d’État représenter à ce point cette vieille notion grecque de l’hubris. S’il est impossible de traduire exactement l’hubris, -“démesure” est juste mais n’en épuise pas le sens-, c’est parce que ce mot n’a pas d’équivalent : il désigne un ensemble de comportements, en même temps qu’une psychologie, qui aboutissent à des catastrophes pour celui qui en est possédé, mais aussi pour tous ceux qui l’entourent…

L’hubris finit par vous rendre sincère dans le déni

L’hubris, c’est le joueur qui refuse de se retirer après avoir déjà beaucoup gagné. C’est là-dessus que misent les tenanciers de casino, d’ailleurs, pour ruiner le joueur à la fin. Rappelons que l’indécent Macron a parlé ou a laissé dire qu’il s’agissait d’un “pari” de ne pas reconfiner. Un pari en matière de santé publique ? Pourquoi pas un pari sur le nombre de morts la semaine prochaine, avec tickets à retirer auprès de la Française des jeux ? Hier soir, comme un aveu implicite, il a évidemment dit… qu’il n’avait jamais parlé de pari. Quant au totem des écoles, autour duquel Blanquer a dansé la grande danse du déni pour parler de la circulation du virus, Macron l’a fait tomber hier soir. Ce n’est pas avant le 3 mai que tous les élèves, de la maternelle au lycée, retrouveront, en théorie, leurs salles de classe. Mais n’imaginez pas que ce soit une défaite du président : c’est plutôt, comme disait l’état-major en mai 40, « une retraite stratégique » quand il fallait cacher une débâcle totale.

Macron croit-il à ce qu’il dit?

Alors, la question qui se pose, pour notre propre sécurité de citoyens, c’est : Macron croit-il à ce qu’il dit ? C’est hélas très probable : l’hubris, encore elle, est aussi une auto-intoxication. À vrai dire, Macron n’aurait jamais dû être président dans le cadre de la Vème république, ivre des pouvoirs que lui donne une constitution devenue décidément obsolète, avec une parole attendue religieusement à 20 heures, commentée inlassablement deux jours avant et deux jours après. Il faudrait avoir des nerfs d’acier pour ne pas se laisser griser par ce pouvoir immense et ce n’est pas le cas de Macron, qui est souvent incapable de se contrôler, comme il le montre périodiquement par des saillies qui trahissent, malgré lui, son mépris de classe.

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L’hubris, c’est ainsi se persuader que l’on est, parce que président et détenteur de tous les pouvoirs, plus fort que les virologues et les épidémiologistes, qu’on comprend mieux qu’eux l’immunologie, les modélisations, la cinétique… C’est laisser dire à vos courtisans et vos valets, je cite, « que vous challengez les scientifiques » ou, comme Blanquer dans le Monde il y a encore quelques jours : « Il consulte toutes les études, dès qu’elles sont publiées. Au point que, parfois, le président peut en évoquer une que les experts en face de lui n’ont même pas lue. » Comment ne voulez-vous pas, avec ce genre de chose, perdre les pédales dans votre grand bureau ?

Syndrome d’Icare

C’est ainsi que l’hubris, parce qu’elle est démesure, finit par déformer la réalité elle-même, par vous rendre sincère dans le déni. J’ai vu qu’on demandait ici et là à Macron un mea culpa ou tout au moins admettre qu’un autre choix aurait été possible en confinant en janvier ou même en février pour éviter une catastrophe sanitaire, humaine et in fine, économique quand même. Macron, contrairement à la protestante et modeste Merkel, en est incapable. C’est forcément les autres qui se trompent, qui font mal : les Français qui se relâchent, les épidémiologistes qui donnent de fausses courbes, les Anglais ou les Allemands qui ne jouent pas le jeu avec les vaccins. C’est que l’hubris vous empêche même d’imaginer que vous puissiez avoir tort.

Jusqu’au moment où, comme tous ceux que l’hubris a possédé, comme Icare par exemple, vous tombez de haut. 

De très haut.


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Jérôme Leroy est écrivain et membre de la rédaction de Causeur. Dernier roman publié: Vivonne (La Table Ronde, 2021)

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