L’ensauvagement que subit la France depuis l’été dernier est le signe d’une régression de notre civilisation à la barbarie. Ce retour à l’état sauvage n’a pas grand-chose à voir avec celui dont rêvaient les philosophes du XVIIIe siècle, pas plus qu’avec celui dont rêvent nos écologistes modernes.


La décapitation du professeur d’histoire Samuel Paty relance le débat sur l’«ensauvagement» de la France suscité par la mort du chauffeur de bus de Bayonne(1), qui a donné lieu à un face-à-face musclé entre Gérald Darmanin et Éric Dupond-Moretti ; le ministre de l’Intérieur légitimant l’usage de ce terme par les chiffres de la criminalité et le garde des Sceaux appelant à ne pas confondre le « sentiment d’insécurité » avec le réel. Rien donc, dans ce débat, qu’on ne sache déjà quant au clivage droite-gauche. Mais le plus étrange reste qu’on se contente d’évoquer des bilans catégoriels (incivilités, actes de délinquance ou de banditisme, homicides) en passant sous silence un processus régressif infiniment plus inquiétant et complexe ; et qu’on récuse parallèlement l’emploi de ce mot en affirmant que la population tend à confondre son ressenti avec la réalité des faits. Il est bon que le peuple dise ce qu’il pense, mais à condition que ça aille dans le sens du Progrès!

Régression globale de la société

Le mot tiendrait donc son aura ambiguë de la dramatisation qui l’a porté sur le devant de la scène, et pas du processus qu’il montre du doigt : qu’un pays qui a tant contribué à promouvoir les valeurs de la civilisation puisse être en train d’en sortir, et se renier en laissant la barbarie regagner chaque jour davantage le terrain qu’on pensait définitivement acquis aux idéaux républicains. L’ensauvagement est en ce sens bien pire que la sauvagerie native de l’homme des « sylves » (forêts), puisqu’il conduit toute une société qui se pensait civilisée à occulter que des actes, pour l’heure isolés mais particulièrement abominables, sont révélateurs d’une régression globale de la société. Considérer l’ensauvagement de la France comme un processus bien réel, distinct de la criminalité qu’on ose dire « ordinaire », suppose donc qu’on soit capable d’en identifier les signes, même si un assassinat sordide commis au nom de l’idéologie islamique témoigne d’un autre type d’ensauvagement que les agressions quotidiennement observées dans les transports en commun. Or ces signes sont là, et depuis longtemps déjà, dès lors qu’on veut bien les voir : montée en puissance d’une brutalité sans limites, haine viscérale de la culture occidentale, indifférence à la souffrance des victimes…

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Aucun doute n’est donc possible quant à la nature

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