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Le Guatemala, paradis des conservateurs ?

Le mode de vie guatémaltèque plairait-il aux conservateurs européens ?

Le Guatemala, paradis des conservateurs ?
Des cadets de l'armée arrivent sur la place principale de la ville de Guatemala pour fêter 201 ans d'indépendance de l'Espagne Moises Castillo/AP/SIPA AP22719480_000002

En France, on connaît mal la république du Guatemala. Quelle est l’histoire de ce pays d’Amérique Centrale, comment y vit-on et quels sont les avantages par rapport à la vie dans un pays de l’Union européenne ? Notre correspondant, Alexis Brunet, apporte des éléments de réponse dans une « Lettre à mes amis conservateurs ».


Ami conservateur,

Imagine un pays dont l’aéroport est rempli d’aéroplanes semblant tirés d’une aventure de Tintin, où des petits vieux en velours te souhaitent la bienvenue et fredonnent de vieux airs d’accordéon, un pays où des messieurs dévoués te proposent de cirer tes chaussures, où des dames affables rivalisent de formules telles que « à vos ordres » ou « pour vous servir », et où l’on peut fumer à peu près où l’on veut sans se faire enquiquiner.

Ce pays existe, c’est le Guatemala. Près de trente langues régionales y concurrencent l’espagnol qui l’a conquis. Quand tu verras ces dames et jeunes femmes vêtues de broderies aux couleurs chaudes, et qui luttent vaille que vaille pour perpétuer leurs traditions ancestrales, n’oublie pas que comme toi, elles n’ont qu’une seule idée en tête : perpétuer le monde d’avant. Peut-être succomberas-tu au charme de l’une d’entre-elles, et prendras-tu des cours de langue quichée…

Bien sûr, cette noble cause n’est pas sans risques. Entre 1960 et 1996, des dizaines de milliers de descendants de Mayas ont été massacrés en tant que tels. Rien que sous la présidence du général Efraín Ríoss Montt, entre 1982 et 1983, près de dix mille ont été tués, certains jetés par hélicoptère dans l’Océan Pacifique. C’est une mort violente mais la sauvegarde du vieux monde ne nécessite-t-elle des sacrifices ?

Je te laisse y réfléchir mais j’ai d’autres bonnes nouvelles. Ici tu pourras déverser des nuages de fumée noire sans que personne ne te casse les pieds. Si tu veux bien t’intégrer, achète un 4×4 aux vitres teintées et fais tourner le moteur à l’arrêt. Tu seras vite agacé par les énormes bouchons et par l’air qui sent le souffre mais au moins, pas de test antipollution, pas de bilan carbone, de vélo ou autres niaiseries de bobos. D’ailleurs ici, tu croiseras de vieux bus qui vacillent, des portions de route qui s’effondrent mais pas une seule éolienne.

Quand tu arriveras, tu pourras aussi manger de la viande à n’en plus finir, de la tête de porc sans devoir calculer ton taux de nitrites. Au Diable les injonctions véganes, ceci sans ces stupides piments du Mexique. Tu ne sais pas cuisiner ? Emploie une domestique. Très probablement indigène, elle pliera ton linge avec soin, divertira tes enfants et pétrira des tortillas comme une reine, fruit de trois mille ans de résistance au nouveau monde.

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En France, tu as peut-être peur que ton garçon revienne de l’école maquillé ou que ta fille en revienne avec des poils sur les seins alors qu’ici, tu seras serein. En mars dernier, la « loi pour la protection de la vie et de la famille » a interdit aux écoles de « promouvoir la diversité sexuelle et l’idéologie de genre, et d’enseigner comme normales les conduites sexuelles distinctes de l’hétérosexualité ». Tu te frottes les mains ? Attends la suite : en décembre, le président Alejandro Giammattei avait déclaré le Guatemala « capitale pro-vie de l’Amérique latine ». Il a donc proposé dans le même décret de porter de trois à dix ans la peine d’emprisonnement pour avortement. Lui-même a dû penser qu’il allait trop loin et s’est finalement dégonflé, mais c’est quand même autre chose, tu en conviendras, que le Planning familial et ses affiches d’hommes enceints. D’ailleurs si la féminisation de l’homme occidental te déprime, viens donc au Guatemala, le mariage homo vient d’y être interdit pour de bon.

Quand tu marcheras dans la rue, tu seras sans doute frappé par les énormes inégalités sociales, elles sautent aux yeux de tous, pas seulement à ceux des idéalistes de gauche. Tu découvriras aussi le vrai racisme sociétal, celui qui laisse sciemment une bonne part des indigènes analphabètes et sur le bord du chemin. Que cela ne te refroidisse pas, et veille à t’intégrer. Pour échapper au dévoiement du progrès en Occident, une expatriation dans le Tiers-Monde risque d’être le prix à payer. Autant aller, dès maintenant, là où il n’y a aucun ressentiment envers tes ancêtres.

Ami conservateur, range tes à priori au placard et fais tes bagages, le Guatemala te tend les bras.


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Enseignant

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