Lundi soir, nous apprenions sur toutes les ondes que le très grand champion cycliste Laurent Jalabert, surnommé le panda, 138 victoires au compteur, se trouvait dans l’œil du cyclone. Il était enfin confondu au grand plaisir de tous ceux qui détestent le cyclisme, un sport sans doute trop populaire pour ses contempteurs et trop gratuit pour ses millions de spectateurs qui, quel gâchis, ne payent même pas pour voir passer les coureurs.
Rappelons les faits tels qu’ils nous sont contés. En 2004, le Laboratoire national de dépistage du Dopage de Chatenay-Malabry a procédé de manière strictement anonyme à un nouveau test des échantillons d’urine des coureurs contrôlés en 1998, l’année du Tour de France du scandale : l’équipe Festina de Richard Virenque avait été prise la main dans le sac et son soigneur Willy Voet arrêté à la frontière franco-belge en possession de plusieurs doses d’EPO. L’équipe Once, pour laquelle Jalabert courrait, dirigé par le trouble Manolo Saiz, avait quitté la compétition après avoir dirigé une fronde contre la direction du Tour. La victoire finale était revenue au fabuleux grimpeur Marco Pantani dont on connaît le tragique destin. Ces analyses de 2004 révélaient la présence d’EPO (indécelable en 1998), dans de très nombreux échantillons.
Le 14 mars 2013, une commission d’enquête sénatoriale est mise en place. Sa mission est de réaliser un audit sur l’efficacité de la lutte antidopage en France. Elle demande au laboratoire de Chatenay-Malabry de lui fournir les procès verbaux nominatifs des coureurs dont les échantillons d’urine ont été contrôlés positifs et auditionne de nombreux témoins : Richard Virenque, Laurent Jalabert, Jean-Pierre Paclet, ancien médecin de l’équipe de France de Football, Francesco Ricci Bitti président de la Fédération internationale de tennis (ITF), ainsi que Marie-George Buffet, ministre des sports du gouvernement Jospin (1997-2002)…
La commission sénatoriale dirigée par le sénateur socialiste de la Creuse Jean-Jacques Lozach a donc décidé de révéler le nom de Jalabert quinze ans après les faits. D’autres noms suivront peut-être. C’est assez triste et pitoyable. Sans doute nos chers sénateurs seraient-ils mieux avisés de s’occuper de la validité des contrôles en 2013, de cet étrange phénomène qui touche de nombreux sports (tennis, football et cyclisme bien sûr) qui permet l’apparition d’athlètes de plus en plus minces (fonte magique de toute masse graisseuse !) qui courent, jouent, roulent de plus en plus vite. Nous aimerions beaucoup aussi que l’on analyse les échantillons d’urine de l’équipe de France de football championne du Monde en 1998, intouchables, forcément intouchables, ou ceux des vainqueurs de Roland Garros, des nageurs et nageuses de l’équipe de France, des rugbymen du Tournoi des 6 Nations… mais nous sommes de doux rêveurs.
Pourquoi cette discrétion des médias sur la bombe lancée par Marie-George Buffet devant les sénateurs à propos de notre équipe de foot victorieuse de 1998, et plus précisément au sujet d’un contrôle antidopage mené sur les Bleus avant le début de la compétition : « J’ai subi des pressions de toutes sortes » ? Pour qu’on la comprenne bien, l’ancienne ministre a ajouté : « Les médias me sont tombés dessus de manière très violente, il y a eu un déferlement où on m’accusait d’empêcher l’équipe de France de se préparer dans de bonnes conditions. Je me suis sentie isolée et j’ai flanché, j’ai presque été amenée à m’excuser. »
Rien n’a changé depuis : certains sports, comme le football, ou le tennis sont intouchables, et le cycliste fait toujours office de lampiste . Tout le monde le sait, tout le monde se tait. À quand un test pour décéler l’hypocrisie ?

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