Le Mexique ne s’en sort plus avec la corruption et le trafic de drogue. L’arrestation du redoutable Joaquin Guzman est même regrettée par toute une population partisane du richissime narcotrafiquant écroué.


Généralement connu sous le surnom de Chapo, Joaquin Guzman fut l’un des plus importants barons de la drogue de ces dernières années, véritable Pablo Escobar mexicain dont la quête de reconnaissance aura causé la chute. Toutefois, s’il est légitime que les autorités nord-américaines et mexicaines se soient respectivement félicitées de son arrestation en 2016 ainsi que de sa condamnation à perpétuité mercredi 17 juillet 2019, ces évènements ont provoqué des conséquences aussi méconnues que surprenantes.

Un soulagement pour certains…

Trafiquant de drogue disposant d’une fortune estimée à douze milliards de dollars, responsable de l’homicide de près de 3000 personnes selon ses dires ou encore, soupçonné de corruption envers l’ex-président du Mexique Enrique Peña Nieto, les motifs ne manquaient pas pour souhaiter l’arrestation du Chapo, d’autant plus que la discipline était en passe de devenir le sport national, il aura fallu réitérer l’opération trois fois pour parvenir à le faire enfermer dans la prison de haute sécurité ADX à Florence (USA) étant donné que celui-ci a toujours trouvé le moyen de s’évader.

Toutefois, si sa peine de prison à perpétuité est légitime au vu de l’ensemble de son œuvre, celle-ci est loin d’avoir réjoui tout le monde, car Joaquin Guzman dispose de partisans toujours disposés à louer ses bonnes actions.


… un vide dans le cœur des autres


Pour comprendre l’image du trafiquant au sein d’une partie de la population mexicaine, il suffit d’observer le témoignage des habitants de sa région d’origine, qui ne tarissent pas d’éloges le concernant. Bienfaiteur local, il est décrit par ceux l’ayant rencontré comme quelqu’un d’humble, de sympathique, voire de généreux, quiconque ne le connaissant pas pourrait croire qu’il s’agit d’un simple homme d’affaire, mécène à ses heures perdues, car celui-ci aurait fait construire des églises, des écoles, des routes, payés des opérations chirurgicales à ceux n’en ayant pas les moyens…

D’autres le voient plutôt comme un entrepreneur local, qui a le mérite de créer des emplois, en particulier dans le secteur du bâtiment, car il faut bien construire des tombes dignes des narcotrafiquants de Sinaloa, qui ont généralement l’apparence de pavillons, avec climatisation et alarme.

Bien entendu, une part importante des habitants de l’État de Sinaloa garde le silence par peur de représailles, mais qu’importe, quitte à ce qu’il y ait un cartel, autant qu’il s’agisse de celui de Joaquin Guzman, les autres étant « nettement plus violents ».

Enfin, tous ceux ayant été convaincus par la bonté du Robin des Bois local sont libres d’acquérir un souvenir à son effigie: T-shirt arborant le visage du trafiquant, figurines, ou encore, casquettes « El Chapo » avec son numéro d’écrou. Toutefois, ne jugeons pas les commerçants locaux, ceux-ci s’inspirent uniquement de ce qui se fait à plus grande échelle : le baron de la drogue dispose de sa propre marque de luxe, gérée par sa fille, intitulée « Chapo 701 ».

Pas d’inquiétudes, les affaires vont bien

Bon nombre d’observateurs commettent l’erreur de considérer l’arrestation du Chapo comme un coup dur dont les narcotrafiquants ne parviendront pas à se relever, imaginant les cartels comme des multinationales nécessairement désorganisées et au bord de la faillite en l’absence d’un PDG en mesure de les diriger. La première idée est relativement vraie et contrairement aux apparences, ne représente pas une bonne nouvelle, quant à la seconde, elle est totalement fausse.

L’arrestation de Joaquin Guzman a eu pour effets de provoquer une guerre de succession au sein du cartel dont les civils furent régulièrement les victimes collatérales, comme en témoigne le nombre d’homicides en constante hausse au Mexique durant ces dernières années.

D’autre part, si les problèmes internes semblent avoir reculé au cours de ces derniers mois, l’explication est simple, le cartel s’est trouvé un nouveau leader en la personne d’Ismael Zambada, dit « El Mayo », lequel serait soutenu par Ivan et Alfredo Guzman, fils du Chapo, en d’autres termes, il semblerait que les solutions n’aient pas manqué pour maintenir à flot un cartel dont les revenus annuels sont estimés à 3 milliards de dollars.

La seule question reste de savoir si le nouveau président mexicain, Andrés Manuel Lopez Obrador, sera plus efficace que ses prédécesseurs quant à la lutte contre le narcotrafic.

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