Tunis, janvier 2011 (Photo : SIPA.00612670_000008)

La décision du Conseil d’État d’annuler l’arrêté pris à Villeneuve-Loubet et concernant le « burkini », loin de ramener le calme en la matière, a relancé le débat politique. De nouveau, la notion de laïcité est au centre de la controverse, et l’on voit apparaître à son sujet des arguments pour le moins curieux, comme l’assimilation au « racisme », ainsi que l’a fait l’historien Shlomo Sand dans les colonnes du Nouvel observateur[1. http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1552646-arretes-anti-burkini-femmes-voilees-verbalisees-la-laicite-ultime-refuge-du-raciste.html]. Que ce genre « d’argument » puisse surgir dans le feu de la polémique, on veut bien l’admettre et invoquer à son propos l’échauffement malsain des esprits. Qu’il puisse être invoqué par un homme d’habitude plus pondéré en dit long sur la confusion mentale qui saisit aujourd’hui une partie des « cerveaux » de la « gauche ».

On voit bien ici l’effet de « point Goodwin » que veulent imposer ceux qui utilisent ce type d’argument, cherchant à déconsidérer d’emblée leurs adversaires. Et il convient de dire que cet argument est doublement pervers, d’une part car il empêche le débat d’avoir lieu de manière sereine (ce qui est – normalement – le but que devrait viser un intellectuel) mais aussi parce que galvaudant le mot « racisme », il lui ôte sa précision et son efficacité, ce qui se révélera à l’usage dramatique quand nous serons confrontés à de véritables arguments racistes. A cela s’ajoute une liste d’arguments controuvés, qui font peine à lire et entendre, et qui ont été dénoncés avec vigueur par un journaliste québécois[2. http://www.journaldemontreal.com/2016/08/22/burkini–le-monde-a-lenvers].

Il faut donc rappeler, encore et encore, non pas tant pour convaincre des esprits ayant abandonné toute capacité de raisonnement à la pression d’une idéologie mais pour borner un débat au profit des gens raisonnables, ce qu’est la laïcité. Elle est fondamentalement un principe politique, qui a des incarnations juridiques et qui fait partie d’une culture politique spécifique. Ce sont donc ces trois dimensions que l’on va successivement examiner.

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Jacques Sapir
économiste, spécialiste de la Russie.