Aux élections régionales de mars 2010, Europe Ecologie-Les Verts (EELV) avait cartonné en Rhône-Alpes, en obtenant presque 20% des suffrages, ce qui lui a permis de monnayer très cher son ralliement au second tour à la liste socialiste et PRG conduite par le président sortant Jean-Jack Queyranne.

Parmi les postes concédés aux Verts dans l’exécutif régional,  on trouve une « vice-présidence à la coopération solidaire », confiée à Véronique Moreira, dont l’activisme tiers-mondiste se moque des frontières, et des règles de bonne gestion des finances publiques. Avec ses amis du Conseil régional, elle avait déjà, en juin 2011, réussi à obtenir un financement par la région de l’opération « un bateau français pour Gaza », une pure opération propagandiste qui se termina comme l’on sait, l’arraisonnement du navire par les gardes-côtes israéliens, et la reconduite, polie mais ferme, de son équipage à l’aéroport Ben-Gurion de Tel Aviv.

Comme il ne s’agissait que de quelques milliers d’euros d’argent public coulé en Méditerranée, on entendit seulement quelques murmures désapprobateurs dans les rangs des socialistes, peu enthousiastes pour aller baiser les babouches des humanistes du Hamas.

Cela n’empêcha pas Mme Moreira et ses amis d’entraîner la région dans une opération bien plus dispendieuse, celle du soutien à un projet international visant à indemniser l’Equateur, petit pays d’Amérique du Sud, pour une renonciation à exploiter des réserves pétrolières décelées en Amazonie, connue sous le nom de projet Yasuni-ITT.

Rafael Correa, président de l’Equateur et disciple de feu Hugo Chavez, avait mis au défi la communauté internationale : il consentait à laisser enfouis dans le sol les hydrocarbures détectés dans ce parc national, si ladite communauté internationale lui assurait des revenus équivalent à la moitié des bénéfices escomptés de leur extraction, soit la coquette somme de 3,5 milliards de dollars. Sur le coup, tout ce que la planète compte de belles âmes environnementales cria au coup de génie : voilà une idée qu’elle est bonne et généreuse ! Mieux que la rente pétrolière, mère de tous les vices, la rente non pétrolière, mère de toutes les vertus ! C’est comme si l’automobiliste français acceptait de passer  régulièrement à la station service pour payer un non plein d’essence avec comme seule satisfaction de contribuer à la diminution des émissions de CO2…

L’ONU se mit de la partie en créant un fond fiduciaire destiné à recevoir les contributions publiques et privées pour faire aboutir cet ambitieux projet. Mme Moreira n’hésita pas à faire un aller-retour Lyon-New York (facturé 2149€) pour plaider cette noble cause devant l’Assemblée générale des Nations-Unies, qui lui accorda généreusement  une minute et quarante secondes de son précieux temps pour exposer ses arguments. En pointe parmi les collectivités territoriales françaises, la région Rhône-Alpes abonda le fond fiduciaire à hauteur de 150 000 €, auxquels furent ajoutés 100 000 € donnés au chef Humberto, représentant les peuples autochtones dont le mode de vie traditionnel serait, paraît-il, mis en danger par l’arrivée des derricks.

Comme c’était prévisible, l’appel à la générosité internationale fut un bide magistral, ne parvenant même pas à réunir le dixième des sommes nécessaires à amorcer la pompe des compensations. Bien évidemment, Correa n’avait pas cru un seul instant au succès de son opération, conçue dès le départ comme un coup de com’ à la Chavez, propre à lui rallier les Mélenchon et Bové de tous les pays… En juillet 2013, il annonce la reprise de l’exploration et de l’exploitation des champs pétrolifères, avouant que ceux-ci ne toucheraient qu’un millième de la superficie du parc national de Yasuni. La faune, la flore et les populations autochtones n’en seraient donc que marginalement affectées, contrairement au tableau apocalyptique tracé par Mme Moreira et ses amis.

Entre-temps, une association lyonnaise de contribuables avait contesté le bien-fondé des subventions régionales devant le tribunal administratif, qui lui a donné raison, arguant du fait que cet argent dépensé n’avait qu’un lointain rapport avec les missions de la Région. Le fonds fiduciaire onusien a promis de rembourser aux donateurs les sommes inutilisées, sans donner cependant de dates ni préciser le montant des frais de garde de ces sommes dans ses coffres. Quant au chef Humberto, on se perd en conjectures sur l’usage qu’il va faire du papier bleu d’huissier que la région Rhône-Alpes ne va pas manquer de lui faire adresser.

*Photo : le chef Humberto. Dolores Ochoa/AP/SIPA. AP21192935_000007.

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