Photo : Travel Aficionado

« Aujourd’hui, Istanbul a remporté une victoire, mais c’est aussi une victoire pour Sarajevo, Izmir, Beyrouth, Ankara, Damas : une victoire pour Diyarbakir comme pour Ramallah, Naplouse, Jénine, Jérusalem et Gaza. » C’est en ces termes que Tayyip Erdogan, leader du Parti de la justice et du développement (AKP), a célébré sa victoire électorale, le 12 juin 2011. Élu à la tête d’un pays musulman mais non-arabe, le Premier ministre turc prétend faire de l’islam le ciment identitaire de la Turquie nouvelle mais aussi de l’ensemble de l’arc oriental.
En s’appropriant le registre sémantique de la démocratie libérale, les islamistes turcs brouillent les cartes. C’est que sous la férule kémaliste qui interdisait les partis confessionnels, les islamistes turcs ont appris la prudence. Mais ils peuvent aujourd’hui se prévaloir de ce passé pour tracer un signe d’égalité entre laïcité et autoritarisme. Dans ce contexte, la superposition de deux allégeances, « démocrate et islamique », se révèle d’une redoutable efficacité pour saper la crédibilité d’un système politique encore dominé par l’héritage kémaliste.

Pour comprendre la singularité de l’islamisme turc, rien ne vaut la lecture de Démocratie conservatrice, manifeste officiel de l’AKP[1. Dr.Yalçin Akdogan, AK Parti ve Muhafazakâr Demokrasi, (L’AKP et la démocratie conservatrice), Alfa, Istanbul, 2004.].

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