L’Etat doit organiser le marché de la drogue : Daniel Vaillant, ancien ministre de l’Intérieur de Lionel Jospin et député de Paris, n’a pas finassé en présentant ce mercredi ses propositions pour lutter contre le trafic de drogue, cannabis en particulier, devenu en quelques semaines, après les incidents à Sevran, un problème de sécurité publique plus qu’un sujet de santé publique.

Les dix députés qui ont travaillé avec Vaillant appellent à « sortir de l’hypocrisie » et plaident pour une « légalisation contrôlée » par la puissance publique, pour mieux lutter contre les dangers du haschich. Devançant les critiques, Daniel Vaillant explique que « le vrai laxisme, c’est le statu quo ».

L’ancien ministre n’est pas un converti de la dernière heure puisqu’il défendait déjà la dépénalisation du cannabis. Mais en se prononçant pour l’organisation par l’Etat du marché de la drogue, il franchit une nouvelle étape, quitte à se mettre à dos une partie des élus PS, Manuel Valls en tête.

Vaillant constate qu’on fume toujours plus en France, qu’on fume « mal », que l’appât du gain pousse les dealers à couper le cannabis avec du verre pilé ou n’importe quelle autre saloperie pour faire du gramme. L’encadrement par l’Etat de la production et de la distribution permettrait, selon lui, de lutter contre la criminalité organisée qui vit sur le dos du trafic. Le député estime que la situation est suffisamment grave pour adopter une ligne révolutionnaire. Et il espère que son rapport parlementaire, fournira des billes au candidat socialiste qui sera bien obligé de se positionner sur le sujet. Ne parlons pas de la droite, qui en a profité pour tomber à bras raccourcis sur le PS et ses idées baroques.

Parlons plutôt de ce que cette proposition nous dit de l’état de la gauche à un an de la présidentielle.

Reprenons. Aujourd’hui, opération SEITA pour les fumeurs de cannabis. La semaine passée, le même groupe socialiste à l’Assemblée plaidait pour « l’autorisation du mariage entre personnes du même sexe. » François Hollande, candidat à la candidature en a même remis une couche lors de son discours à Charleville-Mézières. J’imagine la tête des spectateurs ardennais, eux qui avaient eu droit, il y a 5 ans au « travailler plus pour gagner plus » et à l’apologie émue de la France des usines du candidat Sarkozy. Pour faire bonne mesure le week-end dernier, les nombreux élus présents au congrès de la Ligue des Droits de l’Homme ont rappelé l’engagement socialiste quant au vote des étrangers aux élections locales, dès la victoire de 2012.

Justement, la victoire, voilà le problème. Qui peut imaginer que la gauche sociétale gagnera l’élection, dix ans après avoir notablement contribué à amener le PS au casse-pipe (quand Mauroy faisait remarquer à Jospin qu’ « ouvrier » n’était pas un gros mot) et alors qu’en 2007, l’abandon par Ségolène de la chevènementitude de début de campagne au profit de la modernitude BHLienne a eu l’heureux résultat que l’on sait ?

Responsables et militants socialistes s’indignent quand Terra Nova, think-tank « proche du PS », comme on dit, et machine à produire des notules d’Olivier Ferrand, affirme haut et fort que la gauche doit arrêter de faire des classes populaires l’alpha et l’oméga de sa pensée politique et de sa stratégie électorale. Et en même temps les vieilles lunes bobos, portées par les députés eux-mêmes, occupent tout l’espace politique et tout le discours à gauche. La seule grande manif ou l’on verra à la télé des écharpes socialiste en ce premier semestre, ce sera la Gay Pride. Et sur le front des licenciements, on se souviendra de Hollande et Jack Lang volant au secours de Pierre Bellanger…

Manifestement, tout le monde s’accorde à penser que celui ou celle qui emportera le morceau, sera celui qui aura su s’adresser aux prolétaires, aux classes moyennes, aux chomistes, aux Français quoi. Pas aux habitants des grandes métropoles, travaillant dans la presse et l’édition et propriétaires d’anciennes usines transformés en loft. (oui un peu de caricature ne fait pas de mal). C’est Madame Dugenou et sa parentèle qui vont voter. Et Madame Dugenou a d’autres soucis que le mariage gay, le vote des étrangers ou la protection du marché de l’art parisien. Au hasard, le logement, les salaires, le coût de la vie, le chômage. On peut même avancer que si Simone Dugenou est lesbienne smicarde à Vierzon, ces sujets la préoccupent un peu plus que les dragées et les demoiselles d’honneur. Tous sujets sur lesquels la gauche a sans doute des trucs à dire. Ou au moins devrait.

À croire que la cure d’opposition qui se prolonge pour le PS a des effets délétères : comme on dit, chez les commentateurs zélés, pas de changement de logiciel. En vrai français, on nous ressort les vieilles lunes, ou en français de commentateur sportif, on ne change pas une stratégie qui perd. Imaginer que c’est sur le terrain sociétal que la gauche va faire la différence avec la droite revient à dire qu’au PS, on a renoncé à faire de la politique dans le dur, ce qui peut concerner et bêtement changer la vie des gens.

Dans la meilleure des hypothèses, ce vide sidéral est peut-être dû à l’absence de candidat officiel. On peut imaginer qu’une fois en piste, le ou la candidate reviendra aux fondamentaux. Quitte à se fâcher avec d’autres camarades, sur des options plus ou moins étatistes, plus ou moins européennes et (dé)mondialisées. Mais au moins ça sera sur des sujets moins fumeux que le droit au chichon.

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