De dix à seize ans, la romancière Noëlle Châtelet a été pensionnaire à Fontenay- sous-Bois. Une expérience qui a largement contribué à faire d’elle la femme qu’elle est devenue.

Dans la famille Jospin, elle est la petite dernière. Noëlle de son prénom. Pas forcément désirée mais absolument adorée. « Mademoiselle J » ainsi qu’elle se prénomme pudiquement dans A l’école des filles, son nouveau livre. Devenue sociologue et écrivaine, Noëlle Châtelet, qui fut l’épouse du philosophe François Châtelet, s’est intéressée entre autres aux métamorphoses du corps et, de fait, au vieillissement. En 2004 elle nous avait bouleversé avec La dernière leçon, texte autobiographique dans lequel elle racontait comment elle avait accompagné sa mère nonagénaire jusqu’à sa mort programmée. Le livre, essentiel, avait été suivi d’un second récit Suite à la dernière leçon qui revenait sur l’impression de trahison ressentie au moment de l’adaptation de son best-seller au cinéma. Depuis l’écrivaine a fait sien le combat sur l’aide active à mourir. Une thématique à l’opposé de celle de son nouvel opus, lequel se place résolument du côté de la vie. Des premières leçons, en quelque sorte. Le 1er octobre 1954, à tout juste 10 ans, Mademoiselle J quitte la chaleur du foyer familial pour un austère pensionnat. Le choc est brutal. Violent même.
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« On m’arrache à tout ce que j’aime et qui m’aime. On m’enferme au nom de l’Education (…) Je quitte ce que j’aime et qui m’aime. Je me quitte moi-même ». Fini les feux de cheminée auprès du père, les petits déjeuners du dimanche dans le lit de la mère, les cavalcades seule en forêt, place aux petits lits dans un dortoir de filles, aux toilettes de chat devant des lavabos communs, aux brimades incessantes et aux humiliations qui vont avec. La jeune fille a beau avoir du tempérament, les premiers temps sont difficiles. Sous ses allures bravaches, une sensibilité d’écorchée vive. Jusqu’au jour où elle découvre le pouvoir insoupçonné de l’amitié puis de ce que l’on ne nomme pas encore la sororité. Pour faire face à l’adversité et mettre à mal les injustices, l’adolescente et ses amies vont former un Ordre. Celui des Trois mousquetaires. Au féminin. « Une pour toutes, toutes pour une ». Ensemble elles oseront tenir tête à la plus immonde des enseignantes : Quasimoda la bien nommée. Qu’on ne s’y méprenne pas. L’école des filles n’est pas un réquisitoire en règle contre l’Education nationale mais l’histoire intime d’une jeune fille dans les années 50. Un temps où les adolescents craignaient les enseignants et non l’inverse. C’est entre les murs gris de cet internat que Mademoiselle J vivra des révolutions d’importance : les premières menstruations, la découverte de l’amour. Noëlle Châtelet dit tout avec pudeur mais sans tabou. La masturbation, les amours féminines, le corps qui déborde. « Et moi ? Et mes désirs ? Qu’est-ce que j’allais en faire ? Comment les vivre et avec qui ? » Récit d’apprentissage, L’école des filles brille par son authenticité. Tout sonne juste et vrai. L’écrivaine ne se place jamais au-dessus de son sujet. En choisissant le « Je » elle trempe directement sa plume dans l’encre de l’adolescence dont elle retranscrit avec subtilité, les élans, les excès, les craintes et les fragilités. Une formidable leçon de vie.
A l’école des filles de Noëlle Châtelet Editions Robert Laffont 257 p

