Notre estimé camarade Jérôme Leroy fait état d’une rumeur selon laquelle Mouammar Kadhafi aurait pris la fuite pour se réfugier à Caracas. Cette rumeur, comme le souligne très justement Jérôme, est parfaitement infondée comme en témoignent les informations obtenues par Nicolas Maduro, le chef de la diplomatie vénézuélienne, auprès de son homologue libyen : Kadhafi est toujours à Tripoli « exerçant les pouvoirs que lui confèrent l’Etat et faisant face à la situation ».

A la décharge de ceux qui ont fait circuler cette rumeur, il faut reconnaître que l’hypothèse n’est pas si abracadabrante qu’elle n’en a l’air dans la mesure où les relations de Kadhafi avec les leaders socialistes d’Amérique du sud sont depuis longtemps des plus cordiales – rappelons, par exemple, que Fidel Castro, Evo Morales, Hugo Chavez et Daniel Ortega sont tous récipiendaires du « prix Kadhafi des droits de l’homme » (Castro en 1998, Morales en 2000, Chavez en 2004 et Ortega en 2009).

Si Castro et Ortega ont clairement fait savoir leur soutien au roi des rois d’Afrique et si Morales s’est contenté d’une neutralité digne de nos amis helvètes, le camarade Chavez, lui, reste étrangement silencieux. Si ce silence à quelque chose d’étrange c’est que les rapports du leader vénézuélien avec le doyen du monde arabe ont toujours été particulièrement chaleureux comme en témoignent – notamment – les câbles diplomatiques étatsuniens révélés par WikiLeaks et les nombreuses manifestations d’amitié publiques entre les deux révolutionnaires.

On sait, par exemple, que lors du sommet Afrique-Amérique du sud qui s’était tenu les 26 et 27 septembre 2009 sur l’île vénézuélienne de Margarita, Chavez et Kadhafi s’étaient mutuellement félicités de leurs révolutions respectives en des termes plus qu’élogieux puisqu’El Presidente avait déclaré que « Simon Bolivar est au peuple vénézuélien ce que Kadhafi est au peuple libyen » (ce qui, venant de Chavez, ce n’est pas le moindre des compliments) ce à quoi l’intéressé répondit « nous partageons le même destin, le même combat dans la même tranchée contre un ennemi commun, et nous vaincrons ». C’est d’ailleurs à cette occasion que le président Chavez avait décoré son ami Kadhafi de l’« Orden del Libertador », la plus haute distinction civile vénézuélienne et offert à el compañero presidente Mouammar Kadhafi une réplique de l’épée de Simon Bolivar au cri de « Viva Bolivar ! Viva Kadhafi! ».

Bien sûr, cette émouvante cérémonie n’est que la partie émergée de l’iceberg des relations diplomatiques cordiales qui unissent nos deux protagonistes. Que Chavez se soit – pour une fois – montré très discret sur le sort de Kadhafi ne signifie pas qu’il ait abandonné son camarade de lutte comme en témoigne ce coup de fil largement médiatisé de Nicolas Maduro évoqué plus haut.

Il faut dire que Chavez a cette étrange habitude de choisir ses alliés parmi les leaders les plus ostensiblement autocratiques de la planète. Du « hermano » Robert Mugabe (le fossoyeur du Zimbabwe) au président soudanais Omar Al-Bashir (le « libérateur » du Darfour) en passant par le biélorusse Alexander Lukashenko (le « dernier dictateur d’Europe »), l’iranien Mahmoud Ahmadinejad ou le turkmène Gurbanguly Berdymukhammedov, l’ami Chavez semble s’être lancé à corps perdu dans la pire collection d’amitiés qui se puisse imaginer. Il ne lui manque en effet plus que le « cher dirigeant » nord-coréen Kim Jong-Il auquel il a déjà fait quelques appels du pied, le général Thein Sein de Birmanie et – effectivement – Dark Vador…

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