Jodi Arias, une californienne de trente-deux ans, a été jugée coupable mercredi dernier de l’assassinat en 2008 de Travis Alexander, son petit ami de l’époque. Après quatre mois d’audiences, les jurés n’ont pas voulu retenir le motif de légitime défense invoqué et l’accusée risque désormais la peine de mort. Cette décision intervient dans un contexte surmédiatisé, alors que depuis plusieurs mois, les media américains ont fait leurs choux gras de ce cet événement tragique, entre reconstitutions macabres et procès factices, usant de méthodes qui flirtent clairement avec la téléréalité. Il faut dire que ce meurtre particulièrement violent- la victime avait eu la gorge tranchée, reçu vingt-sept coups de couteau et une balle dans la tête – émeut l’Amérique entière qui se passionne pour cette histoire de sexe, de mensonges et de violence.
À l’issue du jugement, Jodi Arias a déclaré dans un entretien télévisé qu’elle préférait être exécutée plutôt que d’écoper d’une peine de prison à vie. « J’ai dit il y a des années que je préférais être condamnée à mort qu’à la prison à vie, et c’est toujours vrai aujourd’hui», a-t-elle confié à Fox TV. « Je considère la mort comme la liberté ultime et je préférerais reprendre ma liberté le plus vite possible», renchérit-elle encore. L’accusée ayant le choix entre la condamnation à mort ou une peine de prison à vie, sans possibilité de libération anticipée avant au moins 25 ans, il revient désormais au jury de trancher. À une époque où chacun voudrait « choisir les conditions de sa propre fin de vie conformément à ses conceptions personnelles de dignité et de liberté »[1. L’expression est celle de l’Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité (ADMD).] , la requête de Jodi Arias peut-elle être entendue ?
Dans une société qui fait la part belle à la volonté individuelle,  le droit à mourir est de plus en plus présenté comme une liberté fondamentale. Ce suicide assisté par chaise électrique s’avère de surcroît moins coûteux qu’un long séjour carcéral et présente les mêmes avantages que l’euthanasie aux yeux des plus économes.
Si elle n’est pas acceptable lorsqu’elle est décidée à la place d’autrui, la peine de mort peut parfois être invoquée au nom de la  « conception personnelle » d’un accusé qui ne nuira plus jamais à la société si son vœu est exaucé.
La France sera bientôt confrontée à pareil dilemme, comme tous les pays où la logique libérale aura multiplié les droits subjectifs consacrés par le marché au détriment du bien commun. Ce jour-là, nous verrons probablement les droit de l’hommistes les plus acharnés défendre le principe de la peine de mort volontaire au nom de la liberté individuelle. Ainsi va la vie dans une société où chacun jouit selon son bon plaisir.

*Photo : Jodia Arias.

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