Omerta sur Sévillia : le petit cercle de ceux qui savent ce qui est bon a décrété que l’Histoire passionnée de la France, que l’essayiste vient de faire paraître, était « trop à droite », « trop traditionnelle » ou « trop catholique » pour mériter une recension digne de ce nom. Ce mauvais coup n’empêchera pas le  succès de l’ouvrage, mais il n’en suscite pas moins la curiosité : pourquoi tant de haine ? Ou encore, pour reprendre la formule d’Alain Badiou : De quoi Jean Sévillia est-il le nom ?

1) Il est le nom d’une forme d’hystérie qui voit sa tentative de réaffirmer la gloire du « roman national » comme une atteinte insupportable au politiquement ou à l’historiquement correct.

Ce qu’on lui reproche, c’est de redire l’essentiel : la singularité (la France n’est pas n’importe quel pays) et la continuité (nous sommes au premier chef des fils, des débiteurs, redevables à nos aïeux de ce trésor patiemment accumulé), le poids des siècles et le prix de l’effort, les héros, les martyrs et les criminels, la grandeur de l’œuvre et sa fragilité – la France pouvant disparaître à chaque instant. Le « roman national » selon Sévillia tient de la chanson de geste, de l’épopée, de la tragédie, parfois du vaudeville, jamais de la bluette ni du catéchisme républicain : mauvais point.

 

Jean Sévillia, Histoire passionnée de la France, Perrin, 2013.

*Photo : BALTEL/SIPA. 00543461_000011.

Vous venez de lire un article en accès libre.
Causeur ne vit que par ses lecteurs, c’est la seule garantie de son indépendance.
Pour nous soutenir, achetez Causeur en kiosque ou abonnez-vous !
Frédéric Rouvillois
est né en 1964. Il est professeur de droit public à l’université Paris Descartes, où il enseigne le droit constitutionnel et s’intéresse tout particulièrement à l’histoire des idées et des mentalités. Après avoir travaillé sur l’utopie et l’idée de progrès (L’invention du progrès, CNRS éditions, 2010), il a publié une Histoire de la politesse (2006), une Histoire du snobisme (2008) et plus récemment, Une histoire des best-sellers (élu par la rédaction du magazine Lire Meilleur livre d’histoire littéraire de l’année 2011).
Lire la suite