Ceux qui dépeignent Jean-Luc Mélenchon en enragé rouge prêt à déferler sur la canaille bourgeoise feraient bien de passer ses interventions médiatiques à la moulinette. Et de débusquer les actes – souvent minimes – qui se cachent derrière les paroles – souvent outrancières. Il y a en effet deux JLM : le fréquentable Dr. Mélenchon qui a siégé vingt-cinq ans au Sénat et ricane des blagues enregistrées par les animateurs du Grand Journal de Canal + ; et l’horrrrrrible Mr. Méluche, populiste gouailleur qui rêve de renverser la table en attendant le grand soir électoral qui ne vient pas. Dans la dernière livraison de l’excellente revue Charles, Nicolas Bedos confie ainsi sa gêne d’avoir aperçu Dr. Mélenchon discuter le bout de gras avec Michel Denisot à la soirée du magazine branché GQ, bien loin des sandwiches frites-merguez de la Fête de L’Huma.
Démonstration nous a été faite de cette duplicité hier soir, au journal télévisé de France 2. Peu après 20 heures, Mr. Méluche s’est pris les pieds dans le tapis de probité et de transparence que le Dr. Mélenchon avait préalablement déroulé sous ses pieds. À un David Pujadas qui lui ordonnait de déclarer son patrimoine sur le champ, Méluche répondit qu’un tel déballage serait aussi classieux qu’une coloscopie retransmise en direct. Cela n’aurait en prime rien changé à l’affaire Cahuzac : Orwell nous a appris qu’on pouvait toujours mentir devant un télécran par la force de la double pensée. C’est ballot, à l’instant même où Mr. Méluche se dérobait aux injonctions du nouvel ordre moral, le Dr. Mélenchon lui savonnait la planche en réclamant la transparence à tous les étages, avec pouvoir de contrôle et de sanction des fausses déclarations. Il dénonça même comme un « attrape-nigaud » l’étalage auquel s’adonnent les ministres au nom de la sacrosainte « moralisation de la vie politique ». Les prenant au mot, Dr. Mélenchon se targua d’avoir déclaré son patrimoine à chacune des assemblées auxquelles il avait appartenu, refermant un peu plus le piège sur son fougueux double.
Pendant ce temps, pour sortir de l’ornière éthique, Mr. Méluche prenait à partie David Pujadas en l’intimant d’exhiber son patrimoine. Là, Méluche fit mouche, puisque la star du premier pouvoir, visiblement gênée, lui rétorqua que seuls les politiques avaient des comptes à rendre, les journalistes pouvant, eux, camper dans un halo d’impunité. Le gong retentit. Mr. Méluche avait gagné aux points… contre Dr. Mélenchon.

 

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