Jerusalem-Est, Photo : communityconnectionsnews

Gershon Scholem a écrit à Hannah Arendt, après la parution de son livre sur le procès Eichmann, une lettre très critique. Dans cette lettre, il lui reprochait notamment de manquer d’haavat israël, d’amour du peuple juif. Tout en affirmant qu’elle avait toujours considéré sa judéité comme une des données réelles et indiscutables de sa vie qu’elle n’avait jamais souhaité changer ou désavouer, Hannah Arendt a répondu à Gershon Scholem : « Vous avez absolument raison : je ne suis animée d’aucun amour de ce genre. Et cela pour deux raisons : je n’ai jamais dans ma vie aimé aucun peuple, aucune collectivité − ni le peuple allemand, ni le peuple français, ni le peuple américain, ni la classe ouvrière, ni rien de tout cela. J’aime uniquement mes amis et la seule espèce d’amour que je connaisse, c’est l’amour des personnes. En second lieu, cet amour des Juifs me paraîtrait, comme je suis juive moi-même, plutôt suspect. Je ne peux m’aimer moi-même, aimer ce que je sais être une partie, un fragment de ma propre personne. »[1. Ecrits juifs, réédités par Fayard en 2011.]
Ces arguments sont forts. Comment, lorsqu’on est juif, déclarer son amour du peuple juif sans se rengorger, sans se pousser du col, sans tomber dans la complaisance ou l’attendrissement narcissique ?

 

Cet article est paru dans Causeur magazine n°44 – février 2012

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