Je souhaite la victoire de l’Islande contre la France en quarts de finale dimanche. Je souhaite la victoire de l’Islande parce qu’elle est une petite nation et que les petites nations sont toujours des refuges quand les grandes commencent à se comporter comme des empires plus ou moins totalitaires ou à disparaître dans ces mêmes empires parce qu’elles sont trop fatiguées d’être des grandes nations. Comme la France, par exemple.

Un pays d’écrivains et de footballeurs

Je souhaite la victoire de l’Islande parce que ce pays est peuplé de grandes blondes aux yeux bleus. Un peu comme les Flamandes des Hauts-de-France. A cette différence que l’Islande n’aurait jamais le mauvais goût d’appeler une de ses régions Hauts-de-France.

Je souhaite la victoire de l’Islande parce que l’Islande compte un nombre impressionnant d’écrivains pour 300 000 habitants. D’écrivains et manifestement de footballeurs. Ce qui signifie que les grandes blondes ne se contentent pas d’être des grandes blondes mais lisent pendant les six mois où il fait nuit. Une nuit de six mois avec une grande blonde qui lit des livres d’Arnaldur Indridason ou de Stefan Mani pour se reposer entre ses ébats, avouez que c’est un modèle de civilisation.

Je souhaite la victoire de l’Islande parce que l’Islande, contrairement à nous dans le Massif central, a des volcans en état de marche. On se souviendra avec délices de l’éruption de l’Eyjafjöll en mars 2010. Elle créa une véritable panique d’abord chez les journalistes parce que le nom du volcan était imprononçable et enfin dans la totalité de la sphère techno-marchande quand on s’est aperçu qu’un nuage de cendres invisibles dans l’atmosphère pouvait paralyser indéfiniment le transport aérien, donc l’activité économique, et nous ramener les pieds sur terre dans une grande leçon de modestie.

Je souhaite la victoire de l’Islande parce que l’Islande ne nous fatigue pas avec un quelconque Isxit. Là aussi, c’est imprononçable mais surtout l’Islande n’a aucune raison de sortir de l’UE puisqu’elle n’y est pas entrée et a même fait savoir en mars 2015 qu’elle retirait sa demande d’adhésion. Elle est très contente comme ça, l’Islande, avec son économie florissante et personne pour lui ordonner de respecter des équilibres budgétaires absurdes. Ce serait, un jour ou l’autre, condamner Reykjavik à finir comme Athènes.

Pour endiguer le hollandisme

Je souhaite la victoire de l’Islande parce que l’Islande est le dernier pays en date à avoir fait une révolution, une vraie, avec une assemblée constituante, après avoir chassé le gouvernement du pouvoir et envahi le parlement. C’était en 2008, on a appelé cela la révolution des casseroles et on en a assez peu entendu parler par chez nous car voilà un peuple qui donnait un très mauvais exemple : il refusait de rembourser la dette contractée par quelques-uns de ses banquiers qui avaient joué au casino de la spéculation et perdu la mise. Là-bas, on a préféré mettre les banquiers en prison plutôt que de demander aux gens d’éponger ad vitam aeternam, ce qui est plutôt la preuve d’un bon esprit.

Je souhaite la victoire de l’Islande parce que ce pays ne fait pas semblant de devoir respecter de « grands équilibres » en oubliant que c’est l’économie qui est au service de l’homme et non le contraire. Ce n’est pas un Islandais qui a dit ça, c’est le pape dans sa dernière encyclique.

Je souhaite la victoire de l’Islande parce que si son football n’est pas très académique ni très technique, il est au moins habité par le plaisir de jouer. Longtemps amateur, le foot islandais ne compte que cent professionnels. Apparemment, ça suffit. Il vaut mieux un commando motivé qu’une armée d’egos difficiles à manœuvrer. Vieil héritage viking où quelques drakkars ont suffi à redessiner la carte de l’Europe et donner un nom à une belle région française qui, dieu merci, n’en a pas changé, elle.

Je souhaite la victoire de l’Islande parce que je ne veux laisser aucun répit à ce gouvernement qui fait semblant de ne rien voir d’un mouvement social qui dure depuis des mois ou cherche à le discréditer. Désolé pour Deschamps, Griezmann, Lloris, Payet ou Pogba, mais un beau parcours dans cet Euro (pour l’instant, je vous rassure, vous êtes étonnamment crapoteux) permettrait une diversion inespérée façon panem et circenses pour ces sinistres figures si manifestement à bout de souffle.

Bref, comme le disait à peu près un président du Conseil de sinistre mémoire, je souhaite la victoire de l’Islande, parce que, sans elle, le hollandisme, demain, s’installerait partout.

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Jérôme Leroy
Ecrivain et rédacteur en chef culture de Causeur.Dernière parution, Le Bloc (Gallimard)