The Neon demon confirme que Nicolas Winding Refn s’engage de plus en plus dans la voie d’un cinéma atmosphérique, privilégiant désormais des objets que l’on qualifiera volontiers, faute de mieux, de « films cerveaux ». En situant son dernier film dans les milieux de la mode où une jeune femme (Elle Fanning) débarque pour y conquérir un succès qui lui est promis, le cinéaste parvient à nous convaincre davantage.

Moins poseur qu’Only God forgives, moins complaisant dans sa violence et, surtout, empestant beaucoup moins la testostérone, The Neon demon n’est pas dénué de quelques scories refniennes. Tout d’abord, le sérieux monacal de l’entreprise où chaque regard, chaque visage fermé semble peser trois tonnes. D’autre part, les enjeux dramatiques du film restent assez convenus et sans grande originalité : le monde impitoyable de la mode, l’oie blanche confrontée à monde où règne l’hypocrisie et la bassesse, les rivalités entre mannequins…

L’incroyable tyrannie de la beauté

Pourtant, The Neon demon parvient à séduire en évitant justement la satire attendue et insignifiante à la Prêt-à-porter d’Altman. C’est moins l’univers de la mode qui intéresse Refn que la question de la beauté et de son incroyable tyrannie. Tout le film s’organise autour de l’étonnante aura que dégage la jeune Elle Fanning (et, pour le coup, le choix du casting est particulièrement pertinent). La mise en scène met en place un univers plastique assez fascinant, avec une insistance sur les longs couloirs obscurs et des cadres richement élaborés. Plutôt que d’insister sur les rivalités entre les modèles, le cinéaste décrit un processus visant à figer une beauté par définition évanescente.

D’où ce goût pour le « devenir-poupée » des corps : Elle Fanning filmée comme un modèle désarticulé de Balthus à l’entame du film, les concurrentes qui se refont faire le visage, la maquilleuse qui pratique également la thanatopraxie… Une des dimensions les plus intéressantes de The Neon demon, c’est que ce désir de saisir et de figer à jamais la beauté débouche sur une forme de vampirisme et de cannibalisme assez impressionnante. En ce sens, c’est moins le caractère « spectaculaire » et artificiel de la mode qui intéresse Refn qu’une certaine idée de la beauté dont l’évidence a quelque chose d’aussi fascinant que terrifiant.

The Neon demon, de Nicolas Winding Refn avec Elle Fanning, en salle depuis le 8 juin.

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est cinéphile. Il tient le blog Le journal cinéma est cinéphile. Il tient le blog Le journal cinéma du docteur Orlof