En République islamique, faire du rock avec des femmes et des afghans n’est pas de tout repos.


La musique et l’ultra-rigorisme religieux font rarement bon ménage, a fortiori sous des régimes islamiques. A l’arrivée des talibans à Kaboul en 1997, les musiciens afghans n’étaient guère mieux lotis que les femmes : instruments et appareils audio détruits, pratique de la musique formellement interdite, artistes arrêtés et persécutés.

God save Queen

Dans l’Iran voisin, le sort réservé aux musiciens n’est pas toujours plus enviable. Il a fallu attendre 2004 pour que les mollahs autorisent les disques de Queen (exception faite des chansons gay-friendly) comme unique représentant de la culture rock occidentale, grâce aux lointaines origines iraniennes de Freddie Mercury alias Farrokh Bulsara. Quelques années plus tard, le film de Bahman Ghobadi, Les Chats persans, prix spécial du jury à Cannes (2009), retraçait les tribulations de jeunes Iraniens tentant de produire du rock dans un environnement kafkaïen qui assimile ce genre musical au Grand Satan américain.

Si la tradition musicale persane est ancestrale, les artistes qui bravent la censure craignent d’avoir maille à partir avec les autorités politico-religieuses, surtout si leurs formations mêlent hommes et femmes. C’est le cas d’un couple de musiciens amateurs qui s’est risqué à reprendre le tube « Creep » de Radiohead dans les rues de Téhéran. Leur vidéo a fait le tour des réseaux sociaux.

Il en est de même du groupe de rock Arikayn (« Lanterne » en farsi) dont les membres ont la particularité d’appartenir à la minorité d’origine afghane, riche de trois millions d’immigrés (aux deux tiers clandestins), pas toujours bien vus du reste de la population.

Les mêmes ont pu se produire dans leur pays d’origine, sur le site de Bamyian devant deux mille personnes, à l’endroit précis où les talibans avaient dynamité les grandes statues de bouddhas en 2001. Certains membres d’Arikayn voudraient pouvoir s’installer pour de bon sur leurs terres ancestrales, d’autres souhaiteraient au contraire mieux s’intégrer dans la société iranienne qui les traite trop souvent en sous-citoyens, d’autres encore tentent l’aventure en Europe. Vibrant et divers comme du rock américano-afghan en Iran.

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