Il manquait une rubrique scientifique dans Causeur. Peggy Sastre vient combler cette lacune. À vous les labos!


S’il est de bon ton – et souvent raisonnable – de se pincer le nez à leur contact, les stéréotypes, lieux communs et autres trivialités ne viennent pas de nulle part et, à ce titre, ne sont pas toujours erronés. Il en va ainsi de l’idée que les experts se trompent, vu qu’ils auraient comme sale habitude de fonder sans en avoir l’air leurs analyses et pronostics sur du bon gros doigt mouillé. Ou pour le dire comme Pierre Dac : « Les prévisions sont difficiles surtout lorsqu’elles concernent l’avenir. » Beaucoup se défient de cette « défiance » envers les « sachants », qui est l’un des ingrédients de base du « populisme », mais le fait est qu’elle n’a rien d’injustifié. Ainsi, depuis grosso modo les années 1980, une kyrielle de travaux se succèdent pour montrer qu’en matière de jugements prédictifs touchant à la politique, à l’économie ou encore au monde du travail, ceux émis par des experts patentés sont rarement plus précis que de simples modèles statistiques – en d’autres termes, que s’ils s’étaient décidés à pile ou face – ou, comme le veut la célèbre découverte du politologue Philip E. Tetlock, que des chimpanzés jouant aux fléchettes.

Que faire de l’avis des experts quand la gravité d’une crise exige des réponses politiques d’envergure?

Pourquoi ? Principalement parce que ces spécialistes en sciences sociales ont tendance à privilégier des explications causales linéaires ou, lorsqu’ils ont recours à des modèles complexes, à les choisir par trop dépendants des données ayant servi à les concevoir et dès lors difficilement généralisables en dehors de ces échantillons. Lorsqu’ils sont confrontés à un événement incertain, chaotique – le fameux battement d’aile de papillon générateur de tornade au Texas – et manquent de recherches directement applicables, voici la vérité toute nue qui s’avance : ils ne font pas mieux que le commun des mortels. Du haut de leurs diplômes et de leur expérience, ils se laissent eux aussi guider par leur intuition et, ainsi, se gaufrent en beauté dans le faux.

Publiée le 11 février sur le serveur de pre-print PsyArXiv, dédié aux sciences psychologiques, une étude menée par un quarteron de chercheurs canadiens et américains en psychologie et en marketing pose l’une des questions sans doute les plus chaudes de notre longue saison pandémique : mais au fait, tout ce que les spécialistes ont auguré et recommandé depuis maintenant quasiment un an eu égard aux conséquences et dégâts socio

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Mars 2021 – Causeur #88

Article extrait du Magazine Causeur

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