Le week-end dernier, Gérald Darmanin a annoncé la création d’une brigade franco-Italienne à la frontière des deux pays afin de lutter contre l’immigration clandestine. Un accès de lucidité ?


La semaine dernière, les gouvernements français et italiens se sont mis d’accord sur la création de patrouilles composées d’agents des deux pays. Ces dernières, effectives d’ici quelques mois, auront pour mission de lutter contre l’arrivée d’immigrés clandestins empruntant le passage reliant Vintimille (Italie) à Menton (France). Elles auront la particularité de réunir des agents Français et Italiens sous un commandement unique. Le ministre Gérald Darmanin, en déplacement à Rome pour l’occasion, a évoqué les « difficultés migratoires auxquelles l’Europe fait face ». Un nouveau « pacte des migrations » que doit proposer la Commission Européenne à la rentrée, est même évoqué.

Fausse alerte

La création de cette brigade ne parait être ni un calcul électoral, ni une prise de conscience ; les deux pays souhaitent simplement une répartition équitable des migrants dans l’ensemble de l’Union Européenne. Dans une Europe où le groupe de Visegrad résiste encore et toujours à l’immigration de masse, les puissances occidentales de l’UE s’impatientent : « il faut aujourd’hui que l’ensemble des pays européens fassent ce que la France et l’Allemagne ont fait (…) nous devons pouvoir répartir les demandeurs d’asile lorsqu’ils sont arrivés en Italie » (Gérald Darmanin).

Pour rappel, en décembre 2018, un Pacte mondial sur les migrations (ou pacte de Marrakech), avait été signé par la France. Dans ce pacte onusien, profondément immigrationniste, était notamment expliqué que « les migrations ont toujours fait partie de l’expérience humaine depuis les débuts de l’histoire » et qu’elles sont « facteurs de prospérité, d’innovation et de développement durable ». Il était donc très improbable que le gouvernement du président Macron fasse volte-face sur le sujet. Il l’était tout autant du côté de nos amis transalpins, en particulier depuis le départ du ministère de l’Intérieur de Matteo Salvini, qui aura ainsi laissé le champ libre à un Giuseppe Conte bien plus timide que lui sur les questions migratoires, et dont la seule préoccupation en la matière est d’entretenir de bons rapports avec l’UE.

Salvini en procès

Inutile de préciser que depuis, les traversées de migrants ont repris de plus belle (des centaines arrivent chaque jour à Lampedusa, Trieste et ailleurs). Il est à noter par ailleurs que l’immunité parlementaire de Matteo Salvini a été levée par le Sénat et qu’il est poursuivi par le tribunal de Palerme pour avoir bloqué en mer des bateaux remplis de migrants cherchant à accoster en Italie. Le message est clair.

Une politique efficace de lutte contre l’immigration illégale n’est donc toujours pas d’actualité. Il était de toute manière illusoire de l’imaginer dans un pays (la France) où plus de 90% des demandeurs d’asile déboutés restent sur le territoire. Le travail de ces patrouilles risque d’avoir bien peu d’influence sur les flux à venir et Gérald Darmanin se contentera fort bien de l’effet d’annonce. Il faut dire que nos gouvernements se préoccupent moins de lutter contre l’arrivée de migrants – et contre les passeurs qui s’enrichissent sur le dos de ces pauvres âmes – que d’inviter les autres membres de l’UE à ouvrir leurs bras et leurs frontières.

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