Couverture de Paris-Match 17 mars 2005

Il y a tout de même quelque chose de paradoxal à voir l’acharnement avec lequel la droite tape sur François Hollande depuis quelques jours. Inutile de préciser ici que, depuis le début, François Hollande me semble le pire candidat possible pour la gauche en 2012. Je suis effectivement un peu injuste, il y avait pire : il y avait Dominique Strauss-Kahn et la gauche pourra dresser dans la cour de l’Elysée une statue à Nafissatou Diallo si elle gagne quand même en 2012. Imaginons simplement que le scandale ait éclaté ces jours-ci : on peut raisonnablement penser que François Fillon malgré ses plans de rigueur et Nicolas Sarkozy malgré son inféodation de plus en plus grande à l’Allemagne, auraient eu raison sans trop de peine de l’ex-sauveur de la planète et de la France.

Il me semble bien que DSK avait été décrété meilleur candidat possible de la gauche. Pas par la gauche, ne rêvons pas. Il y a belle lurette que la gauche ne choisit plus ses candidats. Ce sont évidemment la droite et les instituts de sondage ou les médias acquis à la doxa libérale qui le font, c’est tout de même beaucoup plus pratique. En son temps, César préférait toujours avoir pour ennemi au sein du Triumvirat un Crassus aveuglé par la cupidité qu’un Pompée, brillant général doté du sens de l’Etat.
Ainsi, depuis 2007, la droite et ses relais ont-ils pris l’habitude de choisir le champion de la gauche selon quelques critères simples : fragilité personnelle, fragilité idéologique et, dans l’éventualité d’un hasard malheureux qui l’aurait fait gagner quand même, pour ne pas tout perdre, une compatibilité avec ce qui est bien, ce qui va de soi, c’est à dire une acceptation polie de la loi du marché. On a eu Ségolène Royal, on a failli avoir DSK et maintenant on a François Hollande.

On objectera qu’il a gagné la primaire socialiste haut la main. En même temps, quand sondage après sondage on vous donne gagnant haut la main et que sur les plateaux et dans la colonne des journaux, on explique sans rire à longueur de temps que sa seule challenger sérieuse, Martine Aubry, est une bolchévique étatiste, voire une islamo-gauchiste, le score de Hollande s’explique tout de suite beaucoup mieux.

Petite parenthèse, nous avons dit ici tout le mal que nous pensions des primaires et si nous y avons participé, c’est au nom du principe de réalité. Il n’empêche : toutes les études indiquent que si la désignation du candidat socialiste avait été confiée aux militants socialistes, c’est-à-dire à des gens qui paient des cotisations et participent à des réunions ou des tractages depuis des années, Hollande ancien Premier secrétaire flou aurait été écrasé par Martine Aubry, nouvelle Première secrétaire punchy qui a tenu de main de maitre la baraque de Solferino pendant le séisme DSK. Mais bon, à en croire les commentateurs, elle n’avait « pas vraiment envie », j’imagine qu’ils avaient raison puisqu’un commentateur sait mieux ce que pense l’homme politique que l’homme politique lui-même.

Donc, c’est François Hollande. Et depuis que c’est François Hollande, la droite mitraille à tout va. Le type qu’elle trouvait hier encore raisonnable, compétent, humain est devenu un nul sans énergie au programme démagogique et irréaliste, qui préfère se promener à la Foire du Livre de Brive plutôt que d’aller au G20, qui s’empêtre dans des discussions avec les écologistes sur le nucléaire alors que l’urgence est de sauver ce qu’il reste d’indépendance nationale face à l’internationale de la spéculation. Il a eu beau objecter avec un vrai bon sens corrézien qu’il ne pouvait pas être invité au G20 puisqu’il n’était pas encore Président, peu importe, on sait déjà qu’il y aurait été inexistant. Il doit trouver ça un peu dur, Hollande. Par exemple quand il se fait descendre en règle par Fillon alors qu’il n’a cessé de proclamer que lui aussi appliquerait la rigueur et qu’il ne se sentait tenu que de très loin par le projet socialiste, il doit se demander si c’est vraiment une bonne idée d’être « réaliste », comme on dit. Résultat, non seulement on continue à chanter l’air de la seule politique possible, comme on le voit avec les gouvernements « techniques » imposés à la Grèce et à l’Italie, d’autre part on désespère les derniers vestiges de Billancourt.

En effet, quel est l’intérêt de voter Hollande si c’est pour endurer la même rigueur ? C’est sans doute là-dessus, d’ailleurs, que Sarkozy mise ses derniers kopeks : une espèce d’indifférence des électeurs devant un duel qui s’annonce comme celui de la rigueur libérale contre la rigueur social-libérale ou de l’austérité de centre-droit contre l’austérité de centre-gauche.
Quitte à écouter les sarcasmes qu’il suscite, Hollande ferait mieux d’écouter ceux qui viennent de sa gauche, de Mélenchon en l’occurrence, qui l’a aimablement affublé du titre de « capitaine de pédalo ». Il comprendrait qu’au-delà du bon mot, c’est toute la gauche qui se désespère de ne pas avoir un candidat crédible et qui, pourtant, devra bien voter pour celui-là, que ce soit au premier ou en tout cas, mais rien n’est jamais joué, au second.

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