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Joëlle Gardes, poète féministe

Joëlle Gardes, poète féministe
L'écrivain Joëlle Gardes (1945-2017), professeur émérite de l'Université Paris IV-Sorbonne, photographiée en 2008 au musée de la Poste à Paris © SIMON ISABELLE/SIPA Numéro de reportage: 00554747_000004

Lire Histoires de femmes, le recueil de Joëlle Gardes, prouve qu’il est possible de célébrer le féminin sans haïr le masculin. On l’avait presque oublié.


Joëlle Gardes était professeur de linguistique de Paris IV Sorbonne, auteur et traductrice d’italien. Elle a dirigé pendant longtemps la Fondation Saint-John Perse à Aix-en-Provence. Elle était d’une activité infatigable. Joëlle nous a quittés, le 11 septembre 2017. Elle était chaleureuse. Elle avait la voix chantante. Elle était provençale. Elle était aussi poète. A l’heure des robots, des utérus artificiels et des claviers, on peut lire ou relire son dernier recueil de poésie, accessible à tous, Histoires de Femmes.

L’horloge du sang

Nous sommes en Provence, à l’heure noire et lumineuse de midi. Des figures viennent à nous, familières et lointaines, dans leur beauté dépaysante. Femmes de la campagne, de toujours, marquée au sceau du travail et du temps. Tous les âges sont représentés: depuis le berceau jusqu’au cercueil. La poétesse dit la malédiction d’un sexe voué, depuis la nuit des temps, à un fatum douloureux, associé à l’horloge du sang, au travail de la terre, de l’enfantement tandis que les hommes qui vont à la guerre « enfourchent leur monture de vent ». On pense à la vision pessimiste du monde de Thomas Hardy.

Comment, d’une encre si noire, peut naître de la beauté ? C’est que cette fresque, étrange et solennelle, est évoquée dans une Provence à l’ancienne, toujours vivante, malgré la modernité. Voici « les yeux peints des coques de bateau », « les navettes fendues en forme de vulves », « les ciseaux en ailes de cygnes » de Mamé, la pantalonnière.

Dans la lignée d’Yves Bonnefoy

Voici la forestière au visage tourné vers la fenêtre. Voici Mademoiselle Céline, au portrait si émouvant, et l’enfant qui rêve de courir sans béret, et les dimanches aux heures vides, de la belote et du journal. Il y a, dans ce recueil, quelque chose de La Maison Natale d’Yves Bonnefoy. Temps révolu ? Pas si sûr : il suffit d’aller, encore maintenant, dans un village de la France profonde pour trouver une épicerie qui vend de la colle, des journaux, des bonbons dans des bocaux poussiéreux.

Lumière noire

Ce recueil de Joëlle Gardes, raconte, autant qu’un roman, des destins voués au travail avec leurs rêves et leurs passions, leurs colères, leurs désillusions, surtout le poids obsédant de la chair. Tota mulier in utero, le femme toute entière dans son utérus : les mots terribles d’Hippocrate voient l’enfantement comme une fatalité, ils disent aussi l’autopsie de son propre corps qui vieillit, voué à la mort, après les épreuves de la maladie. Monde désespéré ? Certes, et néanmoins empreint d’une grâce austère. Qu’elles soient mamma, nonna, Pietà, le poète dit la difficulté pour les femmes d’être au monde face aux autres. Si on y lit le féminisme du poète – toujours la même histoire de bonne femme qui s’est mal débrouillée – il n’y a pas, dans ce recueil, de revendication féministe : l’intention du poète est de « rendre hommage et grâce aux femmes » qui connaissent les secrets de vie et de mort.

Une lumière noire baigne le recueil qu’accompagnent les beaux dessins de Stéphane Lovighi Bourgogne.

Histoires de femmes, Poèmes de Joëlle Gardes, Editions Cassis belli
dessins de Stéphane Lovighi Bourgogne
à commander directement aux éditions Cassis Belli
8 rue Pierre Eydin, 13260 Cassis
au prix de 15 euros + 3,20 euros de frais de port.


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Marie-Hélène Verdier est agrégée de Lettres classiques et a enseigné au lycée Louis-le-Grand, à Paris. Poète, écrivain et chroniqueuse, elle est l'auteur de l'essai "La guerre au français" publié au Cerf.

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