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Grève étudiante au Québec, premier bilan

Grève étudiante au Québec, premier bilan

La grève des étudiants au Québec

Ce qui est à ce jour la plus longue grève étudiante de l’histoire du Québec paraît en voie de résolution. Aussi, la rentrée universitaire s’annonce plutôt calme. Après 7 mois de grève étudiante, la crise déclenchée contre la hausse des frais de scolarité opposant les étudiants aux libéraux de l’ancien Premier ministre Jean Charest touche à sa fin. Si la mobilisation n’a pas eu le succès escompté, les élections générales semblent avoir été déterminante dans la résolution du conflit. Ça n’était pas gagné d’avance.
Dans la plupart des mouvements sociaux, l’arrivée de l’été fait figure de test. Pour les acteurs de ces luttes, l’arrivée des vacances est un virage dangereux qui peut mettre fin aux contestations ou au contraire, devenir l’illustration d’un bras de fer solide. Le Printemps érable n’a pas échappé à la règle. Même si la mobilisation est restée forte jusqu’à la fin de la dernière année scolaire, le mécontentement et l’impatience d’un nombre croissant d’étudiants inquiétaient les leaders des associations étudiantes.

Face à eux, l’ancien Premier ministre Jean Charest a d’abord misé sur l’essoufflement de la mobilisation puis a carrément joué la carte de la répression. Fragilisée par les vacances d’été, la reprise de la mobilisation fin août a dû faire face à l’intervention des forces policières s’opposant aux mandats de grève des syndicats étudiants. Mais toutes ces considérations ne tiennent pas compte des élections législatives déclenchées par le premier ministre québécois. Car si 7 mois de grève étudiante n’ont pas fait plier le gouvernement Charest, les élections du 4 septembre ont changé la donne. Le combat s’est déplacé des rues vers les urnes.

Grand gagnant des élections générales de 2007 au terme desquelles il avait recueilli 33,08% des voix (48 sièges), le parti libéral de Jean Charest s’est vu opposé cette année au Parti québécois (PQ) de Pauline Marois. Le 4 septembre au soir, le verdict est tombé : avec 54 sièges sur les 125 que compte l’Assemblée nationale du Québec, Pauline Marois devient la première femme à occuper le poste de Premier ministre au Québec. Or, bien qu’arrivant en deuxième position, l’ancien Premier ministre n’a pas entièrement été désavoué puisque les libéraux ont remporté 50 sièges, se posant en éventuel recours.
La vague antilibérale tant espérée par les leaders étudiants n’a donc pas eu lieu et la coalition anti-libéraux qui semblait avoir été créé par le printemps érable ne fut qu’une chimère.
En effet les résultats des élections démontrent que les suffrages des Québécois se divisent entre trois partis recueillant près d’un tiers des voix chacun (31,2% des suffrages pour le Parti libéral, 31,9% pour le PQ et 27,1% pour la Coalition avenir Québec représentant la droite nationaliste). Dans ce contexte, la marge de manœuvre de Pauline Marois parait donc réduite. Le nouveau chef du gouvernement devrait imposer son agenda politique à l’Assemblée nationale en s’appuyant sur un rapport de force aléatoire. En cas d’échec, il est fort probable que des élections anticipées soient déclenchées.

Malgré ses marges réduites, Pauline Marois s’est engagée à revenir sur la hausse des frais de scolarité décrétée par l’ancien gouvernement libéral et a promis de démanteler le dispositif répressif mis au point par son prédécesseur, à commencer par l’abrogation de la loi spéciale limitant le droit de manifester. Le Premier ministre compte défendre l’idée d’une indexation de ces droits sur le coût de la vie, ce qui reveint à maintenir leur hausse mais à en limiter la portée par la négociation. Tout en restant prudentes, les associations étudiantes ont accueilli la nouvelle avec enthousiasme et soulagement.

Au-delà de ses conséquences politiques immédiates, le conflit étudiant, s’il a échoué à afficher un front uni face aux libéraux, a néanmoins rallumé la flamme citoyenne des québécois, un phénomène dont témoigne le taux de participation de 73,7%, le plus élevé dans la province depuis les élections de 1998.
Reste à savoir si cet accès de civisme a touché les jeunes de 18 à 24 ans, qui votent de moins en moins depuis les années 1980[1. En 2008, seuls 36,15% des jeunes âgés de 18 à 24 ans avaient voté]. Les données permettant une analyse fine de la participation ne seront pas disponibles avant plusieurs semaines. Au niveau du vote des jeunes, 2012 pourrait être un très bon cru…

*Photo : Maxime Paquin


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