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François Hollande et l’amour

François Hollande et l’amour

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Comme nous l’écrivions, François Hollande tient sa promesse : il est normal. Il est normal jusque dans ses amours.

Les enfants ressemblent plus à leur temps qu’à leur père, écrit Guy Debord dans ses Commentaires à la société du spectle. On notera donc pour commencer l’aspect libéral-libertaire, très générationnel, de la vision hollandienne du couple. Ce refus obstiné du mariage, cette volonté de « vivre à la colle » comme disaient nos grands-mères, est surtout, derrière la revendication d’émancipation et d’autonomie, une espèce de mépris déguisé d’une institution qui a pourtant fait ses preuves. On ne demande pas au Président de vivre comme dans un roman de Chardonne, où le mariage apparaît comme la seule véritable aventure, une aventure modeste et héroïque, entre renoncements tranquilles et acceptation d’un bonheur qui ne se découvre que dans la durée. Mais au moins pourrait-il nous épargner ce mélange entre une goujaterie matoise et une vision purement consumériste de ce qu’est un couple: on s’aime, tant mieux ; on ne s’aime plus, au revoir. De toute manière, c’était Mitterrand qui lisait Chardonne mais Mitterrand était d’une vieille droite littéraire alors que François Hollande est simplement un moderne, de surcroît tout entier pétri de cette inculture propre aux technocrates d’aujourd’hui. On aurait pu, éventuellement, accepter cette attitude si elle avait été un lointain souvenir de Marx qui voyait dans le mariage bourgeois la forme la plus accomplie de la prostitution. Mais, on a beau faire, pas plus que l’on n’imagine Hollande lire Chardonne, on ne  l’imagine lire Marx. Après tout, n’est-il pas un social-démocrate assumé, maintenant ?

Pourtant,  là où la normalité de Hollande est encore plus forte en la matière, c’est dans le choix des femmes de sa vie. Hollande est désespérant d’endogamie, comme tous les présidents qui l’ont précédé. Examinons un instant ses destinées sentimentales aurait dit Chardonne, encore lui. Il a d’abord longtemps vécu avec une énarque de sa promotion. Ils ont tout fait ensemble : les enfants, les cabinets ministériels, la députation et la candidature à la présidence de la République. Ensuite, François Hollande est tombé amoureux d’une journaliste politique et puis, après la journaliste politique, il a eu une liaison avec une actrice. Quelle originalité ! Quelle prise de risque ! Et surtout quelle vision de la femme française d’aujourd’hui, puisqu’il est bien connu en France que toutes les femmes sont soit des politiques, soit des journalistes, soit des actrices. Et demain, qui sait, il quittera l’actrice pour une patronne de choc dans les nouvelles technologies présentée par Fleur Pellerin.

Dans les contes de notre enfance, il arrivait que les princes tombent amoureux des bergères et c’est pour cela que c’étaient des contes. Plus tard, adolescents romantiques, nous vibrions pour Ruy Blas, le valet qui en pinçait pour une reine,  le « ver de terre amoureux d’une étoile. » Là, on n’est plus chez Chardonne, mais du côté des surréalistes, de l’amour fou et du plus beau poème de Breton, «Union libre. »  Cet amour-là porte en lui le renversement de toutes les valeurs, il est la subversion de l’ordre social, il redistribue les cartes d’un jeu dont les règles s’inventent en même temps qu’on y joue. On ne s’y retrouve plus, on affole les familles, on bafoue la société, on désespère les gouvernements.

François Hollande a peut-être désespéré le sien, de gouvernement, mais uniquement pour des raisons de communication, pas pour des raisons de fond. Ce qui aurait été vraiment subversif, inquiétant, choquant, scandaleux, ce qui pour le coup aurait étonné, c’est que le Président de la République tombe amoureux, par exemple, d’une ouvrière de La Redoute promise au licenciement, d’une infirmière fatiguée dans une maternité sur le point de fermer, d’une prof de français dans une ZEP problématique ou encore d’une fliquette épuisée par la baisse des effectifs dans un commissariat de banlieue.

On imagine le scénario, forcément. Une visite présidentielle dans des conditions houleuses d’un site industriel occupé, les gardes du corps, les CRS, la bousculade. Le président qui se retrouve amené, le temps que les choses se calment, dans un local de repos. Là, une  syndicaliste, la trentaine, les yeux un peu cernés à cause des nuits de veille autour des braseros, lui tend gentiment un café. Leurs regards se croisent et c’est le coup de foudre. Rien ne sera plus comme avant pour le président comme pour la syndicaliste. Elle devient racinienne,

« Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue ;
Un trouble s’éleva dans mon âme éperdue ;
Mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais parler ;
Je sentis tout mon corps, et transir et brûler. »

Lui devient flaubertien :

« Ce fut comme une apparition. »

Ils se revoient, bien sûr. Il a suffi d’un numéro de portable griffonné qui passe de la main à la main. Tous les deux ont l’impression de trahir et c’est délicieux, cette trahison. Leur nid d’amour n’est pas un appartement des beaux quartiers, c’est la chambre d’un Campanile dans la zone commerciale d’une sous-préfecture improbable. Le président écoute beaucoup la syndicaliste. Elle lui raconte la France à 1 000 euros par mois, la France de la précarité, la France de la peur, la France des vies qui se gâchent dans la mélancolie de l’aliénation.

Comme tous les amoureux, il a soudain envie de changer le monde car les amoureux sont heureux et veulent que le monde soit à l’image de leur bonheur. Plus personne ne comprend quand le Président annonce lors de ses vœux, puis de sa conférence de presse, un tournant radical : le voilà qui parle de démondialisation et même d’une sortie de l’euro, si les Allemands ne veulent vraiment rien comprendre. En attendant, pour relancer la consommation, il augmente les salaires de 20%. On s’étrangle chez les éditorialistes économiques, Standard and Poor’s dégrade la note de la France à BBB+ avec perspective négative, Pierre Gattaz dit qu’on l’égorge, l’UMP appelle à la désobéissance civile, le Front de Gauche demande au président d’éviter l’aventurisme gauchiste et le Front national ne sait plus quoi dire, ce qui repose tout le monde.

Quand le scandale éclate, Closer photographiant le couple montant dans une Clio de location à la sortie du Campanile, François Hollande clarifie très vite la situation. Il publie un communiqué d’une grande délicatesse. La syndicaliste arrive ensuite à l’Elysée avec son fils de six ans qui n’a pas de père. La presse people se moque des fautes de goûts et des bévues protocolaires de la nouvelle première dame, la presse politique s’interroge gravement sur la politique de la France qui serait orientée par les amours présidentielles. Le président s’en moque. Il continue. Sa popularité grimpe en flèche. Il s’en moque aussi. Il se marie avec la syndicaliste, reconnaît l’enfant.

Et cette fois-ci, ses ex comprennent que c’est vraiment fichu : il ne reviendra plus. Quant à la droite, elle, elle comprend que ça va être très compliqué, mais alors très compliqué pour 2017.

Mais Hollande s’en moque aussi. Il se demande même s’il va se représenter.

Après tout, quand on est amoureux, la vraie vie est ailleurs…

 

*Photo :  Zacharie Scheurer/AP/SIPA. AP21509143_000002.


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Jérôme Leroy est écrivain et membre de la rédaction de Causeur. Dernier roman publié: Vivonne (La Table Ronde, 2021)

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