Le livre de François Guillaume, Un paysan au cœur du pouvoir, n’est pas une biographie commune centrée sur son auteur. C’est le long métrage d’un engagement syndical et politique qui s’inscrit dans la trame des bouleversements sociaux et économiques du demi-siècle écoulé dont la guerre a été le ferment sans lequel le monde n’aurait pas connu une accélération aussi rapide de la modernité. Et si la France profonde, paysanne et rurale, encore figée dans ses traditions ancestrales a brûlé les étapes de son développement technique et politique elle le doit à une poignée de jeunes paysans décidés à prendre leur part dans l’aventure des grands changements qu’appelait le pays. François Guillaume est de ceux-là. Né avant-guerre dans un petit village de Lorraine il se voyait promis dès son plus jeune âge à un destin de paysan soumis à la tutelle de la famille et à celle, aussi prégnante, des édiles locaux : le curé, l’instituteur ; et fermement invité à s’inspirer du savoir-faire des générations précédentes. Spectateur des événements tragiques de l’effondrement militaire de la France en 1940, des exigences de l’occupant et du courage des résistants, il confie au lecteur ses souvenirs d’enfant et de collégien dans un internat aux conditions de vie plutôt spartiates. Son retour sur la ferme familiale, bac en poche, tient alors à la conviction que la mécanisation de l’agriculture ferait de l’agriculteur un entrepreneur libéré des tâches ingrates du paysan. Mais pour lui la transition fut plus longue que prévue. Bousculer le conservatisme de la génération en place devint un objectif partagé avec d’autres jeunes, candidats à la succession des aînés, autant sur les exploitations agricoles pour les gérer autrement que dans les organisations professionnelles, syndicales et coopératives. Le Centre National des Jeunes Agriculteurs fondé par quelques-uns  répondait à cette intention. François Guillaume y milita. Il en devint rapidement le leader, saisissant l’opportunité de l’avènement de la Vème République et de sa volonté de réformes pour adapter la Politique agricole à la nouvelle donne européenne.

Mais c’est à la tête de la FNSEA qu’il a donné sa pleine mesure en usant de sa forte personnalité  pour faire reconnaître l’autorité syndicale, y compris à l’arrivée au pouvoir de la gauche qui prétendait « briser ce monopole de représentation du monde agricole ». En réponse, 120 000 paysans défilèrent dans Paris. Du jamais vu, complété par une autre démonstration de force, lors des élections aux Chambres d’Agriculture en écrasant toute opposition au  leadership « de la toute puissante FNSEA » . Au passage l’auteur en profite pour décrire ses rencontres avec des hommes d’exception ; De Gaulle, Jean-Paul II, Houphouët-Boigny, Bourguiba, Pompidou et avec d’autres en charge des affaires de l’Etat : Chirac, Giscard d’Estaing, Mitterrand comme s’il voulait ajouter à son témoignage cette autre preuve de notoriété de la FNSEA.

Sa popularité incita Jacques Chirac vainqueur des élections législatives en 1986 à lui proposer le ministère de L’Agriculture ; il l’accepta sous le double challenge d’appliquer la Politique agricole qu’il revendiquait à la tête du grand syndicat paysan et de défendre bec et ongles les intérêts agricoles français menacés à Bruxelles et face aux Etats-Unis. Pari réussi mais   remis en cause par la défaite de Jacques Chirac à la présidentielle de 1988. Poursuivre son combat autrement l’oblige alors à engager une carrière politique au Parlement européen puis à l’Assemblée Nationale. Il y découvre le dessous des cartes ignoré du grand public ; les intrigues, les coteries, les dérives coupables de certains élus insuffisamment sanctionnées, les promotions trop rapides qui faute d’être éclairées  par des expériences professionnelles et civiques confirmées portent préjudice à la saine gestion des affaires et aux intérêts de l’Etat. Rigoureux et direct, il n’a plus la cote auprès de Chirac qui se radical-socialise pour entrer à l’Elysée  et s’y installer pour deux mandats peu convaincants. François Guillaume tient sa place au Palais Bourbon et s’irrite des tergiversations et de l’abdication de la Droite frileuse alors que le péril est à la porte. Dans sa circonscription de Lunéville en paysan pragmatique qu’il est resté, il réalise, suggère, soutient les équipements routiers, culturels, universitaires, sportifs et s’attache au développement des entreprises.

Mais le fil rouge qui relie tous ses engagements  reste son combat contre la faim dans le monde parce que, paysan, il reste fidèle à sa mission de nourrir les hommes, tous les hommes.

Vous venez de lire un article en accès libre.
Causeur ne vit que par ses lecteurs, c’est la seule garantie de son indépendance.
Pour nous soutenir, achetez Causeur en kiosque ou abonnez-vous !
Lire la suite