Le blockbuster Disclosure Day, actuellement dans les salles, signe le naufrage mystique du réalisateur vedette Steven Spielberg. Malgré ses quelques scènes d’action efficaces, le film n’a reçu qu’un accueil mitigé de la part de la presse et des spectateurs.
Disclosure Day marque le retour de Steven Spielberg à la science-fiction extraterrestre, après Rencontres du troisième type (1977), E.T. l’extra-terrestre (1982) et La Guerre des mondes (2005). Le résultat est, cette fois, consternant. Non seulement le film échoue comme récit de science-fiction, mais il s’enfonce dans un délire pseudo-mystique et quasi complotiste qui confond profondeur et accumulation de mystères.
La vérité est ailleurs
Le scénario repose sur une prémisse extravagante : depuis les années 1970, le gouvernement américain cacherait l’existence d’extraterrestres, mènerait des expériences sur eux avec la complicité d’une multinationale toute-puissante, tandis qu’un lanceur d’alerte et une présentatrice météo soudain dotée de pouvoirs paranormaux seraient appelés à révéler la vérité au monde… Tout cela est traité avec un sérieux imperturbable qui confine involontairement au grotesque.
Le plus gênant n’est pourtant pas l’invraisemblance du récit. La science-fiction a toujours vécu de l’imaginaire. Le problème est que Disclosure Day épouse les mécanismes intellectuels des théories du complot : une vérité cachée, un pouvoir occulte, des élites qui manipulent l’humanité, des documents secrets, des révélations imminentes, des élus investis d’une mission salvatrice. Spielberg prétend dénoncer les manipulations du pouvoir, mais construit son récit sur les mêmes ressorts paranoïaques que les fictions conspirationnistes qu’il semble pourtant vouloir dépasser.
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La foi comme substitut à la pensée
À cette mécanique déjà fragile s’ajoute une dimension religieuse d’une naïveté désarmante. Les personnages ne sont jamais des individus crédibles ; ils deviennent les supports d’un discours mystique où la foi tient lieu de psychologie et où les miracles remplacent toute logique dramatique. Emily Blunt passe sans transition d’une présentatrice météo ordinaire à une prophétesse capable de parler une langue extraterrestre et de lire dans les pensées. Josh O’Connor incarne un nouveau messie numérique poursuivi par les forces du Mal. Tout cela est asséné avec un aplomb qui interdit toute distance critique.
Un cinéaste enfermé dans son propre mythe ?
Steven Spielberg demeure un bon cinéaste, mais certainement pas le génie universel auquel une partie de la critique continue de vouloir nous faire croire. Sa carrière a toujours alterné le meilleur et le pire, des œuvres inspirées et d’autres beaucoup plus démonstratives où l’efficacité narrative masque difficilement la pauvreté des idées. Disclosure Day appartient malheureusement à cette seconde catégorie. La mise en scène reste fluide, parfois brillante, mais elle ne fait que recouvrir d’élégance un scénario absurde.
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Plus inquiétant encore est le narcissisme du projet. Spielberg ne cesse de se citer lui-même. La Liste de Schindler (1993), Rencontres du troisième type (1977), E.T. l’extra-terrestre (1982), The Fabelmans (2022) : toute son œuvre est convoquée comme si elle constituait désormais une mythologie autosuffisante. Il ne filme plus le monde ; il filme Spielberg. Son cinéma finit par tourner sur lui-même avec une complaisance qui confine à l’autocélébration.
Le prêche politique remplace le cinéma
Le contexte politique est lourdement souligné. Une troisième guerre mondiale menace à chaque instant ; les médias annoncent l’effondrement imminent de la planète ; l’Amérique contemporaine est montrée comme une démocratie minée par le mensonge et la manipulation. Le parallèle avec l’ère Trump est si appuyé qu’il finit par étouffer toute dimension dramatique. Au lieu d’incarner ses idées dans des personnages ou des situations, Spielberg les transforme en sermons. Le cinéma disparaît derrière le discours.
On sort donc de Disclosure Day avec le sentiment d’avoir assisté à une démonstration aussi prétentieuse que creuse. Le film se présente comme une méditation sur la vérité, la foi et le destin de l’humanité ? Il n’est qu’un assemblage de clichés conspirationnistes, de symboles religieux simplistes et de références insistantes à la propre filmographie de son auteur. Spielberg ne révèle finalement qu’une chose : l’épuisement d’une inspiration qui tourne désormais en circuit fermé.
2h26
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