On ne sort pas indemne du voyage où nous entraine Paulina Dalmayer dans la sorte d’archipel que forment les gens pour qui la fin de vie est une préoccupation obsédante ou une expérience plus ou moins risquée. Bien que mortels, nous avons quant à nous d’autres choses à faire et à penser. Soins palliatifs, aide au suicide, sédation profonde : ces « sujets d’actualité », soulèvent pourtant des questions vertigineuses – que vaut la vie, qu’est-ce qui fait sa qualité, comment sortir des contradictions d’un activisme technique nécessairement producteur (aussi) d’échecs, comment combattre la tentation latente de faire disparaître ces échecs qui, dans le cas de la médecine, sont des êtres humains. Les réponses à ces questions dépendent largement des cultures nationales et de l’arbitrage qu’elles font entre le respect des choix individuels et le souci d’un consensus moral minimum.

Paulina Dalmayer s’implique dans son enquête avec une ardeur qui agace parfois mais qui, en provoquant le lecteur, maintient son intérêt. Je vous tiendrai la main est un empilement fascinant et foisonnant de portraits, d’interviews et de notes de voyage. Portraits parfois sarcastiques comme celui de la grande bourgeoise narcissique qui fait la propagande d’ADMD (Association pour le droit de mourir dans la dignité), ou bien  discrètement admiratifs comme à l’égard de l’animatrice suisse de Lifecircle. Acteurs patentés du débat public ou, plus émouvants, acteurs de terrain et soignants, ces figures, en s’emboîtant ou en s’opposant, nous éclairent souvent plus que l’affrontement des thèses.

Tout en soulignant parfois ses doutes, Paulina Dalmayer est trop passionnée pour être neutre.


*Photo : wikicommons.

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Paul Thibaud
Essayiste, théologien, président des amitiés judéo-chrétiennes, Paul Thibaud a dirigé la revue Esprit.
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