L’Espagne unifiée survivra-t-elle à son roi Juan Carlos, englué dans les scandales sexuels et les soupçons – de plus en plus confirmés – de malversations visant son gendre, l’ex-champion de handball Inaki Urdangarin ? La question dépasse désormais le débat sur  la nature monarchique de l’Espagne et concerne la pérennité d’un Etat unitaire (malgré les communautés autonomes) dirigé par Madrid. Elle transcende les problèmes d’une nation habituée aux conflits civils depuis le XIXe siècle.
L’Europe d’aujourd’hui bruisse de revendications régionalistes plus ou moins affirmées. Et partout où surgit la contestation de l’Etat unitaire apparaît la même réponse sous la forme d’un mot magique : fédéralisme. Si celui-ci était la clé de tous les problèmes, cela se saurait. D’autant plus que le mot recouvre des réalités très différentes selon les régions. En Belgique, la devise nationale demeure « l’union fait la force » mais dans les faits, les forces centrifuges s’activent à séparer autant que possible le nord du sud du royaume. Une des raisons de ce désamour est à chercher dans la forme fédérale adoptée par le pays depuis une trentaine d’années.  Dans ce cas précis, il ne s’agit pas de régions qui décident de mettre en commun leurs forces afin de constituer un Etat plus fort mais du contraire : un pays choisit de se diviser en régions pour prévenir son éclatement. Ce scénario n’est pas propre à la patrie du surréalisme et des moules-frites. On le retrouve aussi en Espagne ou en Italie où le serpent de mer du fédéralisme réapparaît à chaque nouvelle élection, un scénario qui se reproduit souvent dans la péninsule. Aujourd’hui, le leghista[1. Partisan de la Lega Nord, parti régionaliste du nord de l’Italie]Roberto Maroni, ouvertement indépendantiste assume la présidence de la région lombarde.
Parmi les motivations qui justifient la voie fédérale, l’argent apparaît souvent au premier plan. Il s’agit de remettre en cause le principe de solidarité entre des régions riches et d’autres, plus pauvres. En Belgique, on a calculé qu’il faudra 75 ans à la Wallonie pour rattraper la Flandre sur le plan économique ! Il serait malhonnête de passer sous silence le premier siècle d’indépendance au cours duquel l’Etat belge a surtout compté sur la locomotive industrielle que constituait sa partie sud. Aujourd’hui, le nord de l’Italie a transformé La Lega Nord en parti de gouvernement pour imposer une réforme régionaliste de nature à mener le pays vers une voie fédéraliste ou même un éclatement prôné par les partisans les plus résolus de la Padanie. Le Royaume-Uni n’est pas non plus à l’abri de ce type d’évolution. Même si les indépendantistes ont affirmé leur intention de conserver l’Ecosse sous la couronne symbolique de la reine, ils n’en militent pas moins pour un largage d’amarres radical avec leur voisin, toujours considéré à Edimbourg comme une encombrante puissante tutélaire. Pourtant, l’Ecosse dispose depuis 1998 de son parlement mais, pour le chef des indépendantistes, la solution fédérale ne constitue qu’une étape obligée vers une rupture pure et nette du cordon ombilical.
Dès lors, l’option fédérale serait-elle toujours l’antichambre de l’implosion nationale ? Les exemples allemands ou américains plaident pour un autre fédéralisme, nettement plus constructif. Les compétences sont réparties au niveau fédéral ou régional de manière rationnelle et dépassionnée, en pesant d’abord les avantages et les inconvénients au niveau du citoyen.
Un partage des tâches qui doit aussi tenir compte de l’échelon supranational que représente l’Europe communautaire. On peut toujours dresser la liste des péchés originels de l’Europe des 27 mais il serait dommage et probablement suicidaire de renoncer à l’idée européenne. Il reste à apprendre à additionner les niveaux de pouvoirs entre le régional, le national et le supranational. En ce sens, la solution fédérale est probablement la plus pertinente. Sur le continent Europe, elle puise sa légitimité historique dans les grandes sagas du Saint-Empire germanique ou de la mosaïque territoriale des empereurs Habsbourg. Il reste à déterminer de quel fédéralisme nous avons besoin en 2013.
Après tout, inutile de se marier si l’on songe déjà au divorce…

*Photo: Affiche de la Lega Nord

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