(Photo : SIPA.rex40439293_000098)

Il serait déraisonnable d’invoquer la malchance après cette défaite pendant la prolongation, en finale du championnat d’Europe des nations. De la chance, la France en a eue, pendant ce tournoi. Au premier tour en gagnant ses matchs à l’arraché, en bénéficiant ensuite d’un tableau plutôt dégagé avec la faible Irlande et l’Islande, qui venait de jouer sa finale contre l’Angleterre. Puis, contre l’Allemagne avec cette main idiote de Schweinsteiger et la blessure inespérée de Boateng, qui s’ajoutaient déjà aux absences de Khedira et Hummels. De la chance, la France en a eue aussi en début de finale avec la blessure du seul génie dans l’équipe adversaire, Cristiano Ronaldo. Notre équipe n’a pas su en profiter.

C’était tout la force de cette équipe portugaise de faire déjouer les adversaires talentueux. Après être sortie péniblement du premier tour après trois matchs nuls, elle créa la surprise en éliminant ce qui était certainement l’équipe la plus séduisante du tournoi, la Croatie des Modric, Perisic et Rakitic. Le Portugal a fait le même coup aux Griezmann, Pogba et Payet. Mis sous l’éteignoir, les atouts maîtres français n’ont pu faire valoir leur talent. On comparera peut-être le parcours du Portugal à celui de la Grèce en 2004, où une équipe sans génie était parvenue sur le toit de l’Europe en terres portugaises, justement, en gagnant à chaque fois sur la plus petite des marges. Ce serait sans doute injuste car il y avait du talent dans cette équipe, à commencer par Cristiano Ronaldo qui a eu un rôle — au moins psychologique — très important dans l’épopée portugaise. Si l’on veut être davantage aimable, on se rappellera plutôt de l’Italie à la coupe du monde 1982. Qualifiée dans la première phase de poule par la petite porte, elle avait finalement sorti l’une des plus belles équipes brésiliennes de l’histoire avant de s’offrir l’Allemagne en finale, vengeant sa cousine française injustement (c’est ça, l’injustice !) éliminée à Séville.

2016, c’est l’année où on terrasse les bêtes noires. L’Allemagne a réussi à mettre fin à sa malédiction contre l’Italie, puis la France faisait de même face à nos voisins allemands, qui nous étaient pourtant supérieurs. La bête noire des Portugais, c’était la France. Trois demi-finales, toutes gagnées par l’équipe de Platini puis celles de Zidane. Jamais deux sans trois ! Après l’Allemagne et la France, le Portugal arrivait à vaincre le signe indien, bleu-blanc-rouge. C’est la vérité d’un tournoi. La sélection lusitanienne n’a pas vraiment brillé cette année. Pour autant, il n’est que justice que cette grande nation de football parvienne enfin à gagner un titre.

Après l’historique que nous venons de rappeler, la France n’a pas à rougir d’en être la victime en finale. Le Portugal a toujours produit de grands joueurs, de grandes équipes. Seule sa sélection n’arrivait pas à franchir un cap. On ne le dira plus. Ce soir, je ne parviens pas à être triste. Il n’y a aucune injustice. Les Portugais sont heureux. Nous l’avons été à d’autres occasions et nous le serons encore. Peut-être en Russie en 2018, où Griezmann et Pogba seront encore plus forts. Puisse cette équipe conserver l’esprit positif insufflé par Deschamps et la relation qu’elle a créée avec ses supporteurs. Si l’équipe de France n’a pas, on le répète, à rougir de sa défaite en finale, les Français n’ont pas eu à rougir du comportement et de l’esprit de ses représentants cette année. C’est bien l’essentiel.

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David Desgouilles
est blogueur et romancier.Responsable du blog politique "Antidote" sur Causeur.fr, il a grenouillé un peu dans la politique, surtout pendant les années 90. Derniers livres parus : Dérapage (Édition du Rocher) / Le bruit de la douche (Édition Michalon)