Pour faire taire les contradicteurs, notre nouveau ministre de la Justice use d’un terrorisme intellectuel d’un autre temps et fort banal. Monsieur Dupond-Moretti est devenu bien raisonnable, et cela ne lui va pas.



Monsieur Dupond-Moretti ne fait pas honneur à sa fonction de ministre, ni à son métier d’avocat. Choisi à la suite de l’éternel casting qui précède les nouveaux gouvernements, il a sans doute été désigné pour sa notoriété, mais aussi pour sa grande gueule, trait de caractère que les Français apprécient toujours. Malheureusement, il se révèle pour l’instant un bien banal politique, incapable de trouver les mots justes à la suite du drame atroce de Nantes qu’on lui demandait de commenter hier matin. On a eu droit à une formule passe-partout, tragiquement froide : « On est évidemment émus, mais l’émotion est difficilement compatible avec la raison ».

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« L’ensauvagement est un mot qui développe, me semble-t-il, le sentiment d’insécurité » Eric Dupond-Moretti, le 1er septembre 2020 sur Europe 1.

Mais le plus désespérant, ce sont les « arguments » avancés par le ministre pour répondre à des angoisses et des émotions bien compréhensibles qui se sont manifestées dans l’opinion comme dans la classe politique. Tout ce que le ministre trouve à dire, c’est que toutes ces réactions ne sont que du « populisme », pire même, manifester un sentiment de révolte et d’incompréhension face à ce lamentable échec judiciaire serait faire preuve de « bas instincts ». Et là-dessus, bien sûr, on invoque les Satans habituels : Nadine Morano et Marine Le Pen.

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Voilà, démonstration est faite que Monsieur Dupont-Moretti n’a pas grand chose de plus sérieux à dire sur ce sujet. Il reprend les vieilles méthodes du terrorisme intellectuel de la gauche aux pires moments de son histoire stalinienne ! Dans ce temps-là, quiconque osait critiquer la gauche était fasciste. Monsieur Dupond-Moretti nous dit qu’ici, ceux qui s’inquiètent de cette délinquance sont populistes (donc d’extrême droite, donc méprisables sans doute, ce que confirment les sous-entendus derrière la référence à mesdames Morano et Le Pen).

L’usage des termes « bas instincts », qui fait penser au monde animal, relève lui d’une bestialisation de l’adversaire. Ce langage, qui n’est pas sans rappeler le vocabulaire des procureurs des procès de Moscou, qui adoraient parler de vermines ou de porcs à propos des mis en accusation, est tout à fait malvenu. Pas d’explications sur le fiasco judiciaire, pas d’arguments logiques, rien de rationnel. Juste un grand coup de gueule pour faire peur et déstabiliser qui oserait élever la voix. C’est triste de constater qu’un ministre que l’on pouvait imaginer un peu plus pétri d’humanité s’avère juste un “politicien” utilisant de vieilles armes rhétoriques qui ont servi tant de fois.

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