Il y a quelques semaines, c’était un zozo. Le voilà en passe de devenir un héros. A peine sorti de prison, Eric Breteau est reçu avec les honneurs dans les médias. Et pas les moindres. Le même jour, France Info, le 20 heures de Poivre d’Arvor sur TF1 et le Grand Journal de Canal (où curieusement, il est flanqué de son avocate supposée l’empêcher de dire des âneries). Tapis rouge.

Pour ceux qui auraient raté un épisode, rappelons que Breteau est l’organisateur de la piteuse équipée tchadienne de l’Arche de Zoé. Un Robert Ménard qui a échoué. Breteau, c’est un soldat du Bien, un professionnel de la bonne conscience. Plutôt sympathique au demeurant, le gars incarne à lui tout seul les deux vaches sacrées de l’époque – l’enfance et l’humanitaire. La complexité du réel, ce n’est pas son truc : d’un côté, il y a les salauds, les gouvernements qui pourraient agir et ne font rien et de l’autre, les justes. Breteau se joue en permanence un remake d’Antigone bravant Créon.

Tout s’explique. Il s’agissait bien sûr, de sauver des enfants, d’éveiller nos consciences endormies. Mais pas seulement. Breteau, avait, si on le comprend bien, un agenda caché. Il voulait provoquer une crise internationale majeure pour déclencher une action au Darfour. Rien de moins. A l’arrivée, il n’a réussi qu’à faire emprisonner toute son équipe dans les prisons tchadiennes, obligeant la diplomatie française à faire des mamours à Idriss Déby et une bonne partie des médias français à faire semblant de croire que la justice tchadienne était indépendante. Passons.

Que vient faire ce croisé sur les plateaux de télévision ? Tout d’abord, se justifier et expliquer qu’il est une victime. Victime de l’indifférence générale. Victime du gouvernement qui l’a encouragé dans son entreprise justicière avant de lui tirer le tapis sous les pieds. Une chose est sûre : il est bien un héritier maladroit et zélé de Bernard Kouchner. A force d’entendre d’éminents intellectuels et politiques proclamer qu’un génocide était en cours et rivaliser dans l’indignation face à la passivité mondiale (un mauvais procès compte tenu de la mobilisation humanitaire pour le Darfour), il a fini par se sentir investi d’une mission. D’une façon générale, le compassionalisme victimaire se portant fort bien dans les allées du pouvoir, il est fort probable que l’Arche de Zoé a bénéficié de soutiens gouvernementaux bien réels (voir notre entretien avec Rony Brauman).

On aimerait en savoir plus ? On attendra. Et c’est là qu’il y a, pardonnez-moi l’expression, foutage de gueule. Car ce qu’Eric Breteau vient faire sur les plateaux de télévision, c’est d’abord la promotion de son livre – lequel, curieusement, ne sortira que dans trois semaines. Vous ne serez pas déçu. Plon a mis le paquet pour cet ouvrage modestement intitulé Arche de Zoé, les dessous d’une affaire d’Etat. Que du croustillant. Eh oui, c’est cela, maintenant un livre : un objet de papier confectionné en quelques semaines, annonciateur d’appétissants scandales. Un nouveau genre : le livre à grande vitesse et à grand spectacle. Ecrit aussi vite qu’un article ou presque, ça rapporte beaucoup plus. Grâce aux téléspectateurs qui se sont rués sur les inoubliables ouvrages consacrés à Carla et Cécilia. Après le prélancement gracieusement assuré par TF1 et Canal +, ne doutons pas que le chef d’œuvre d’Eric Breteau sera un succès commercial. Au fait, que pourrais-je faire, comme ânerie, pour faire un livre et renflouer mes finances ?

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Elisabeth Lévy
est fondatrice et directrice de la rédaction de Causeur.
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