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Elections anglaises : no future !

Elections anglaises : no future !

On savait que les scores seraient serrés, on savait que le hung Parliament, le Parlement suspendu minoritaire, pendait au nez des Britanniques. Les sondages et les observateurs le sentaient venir. Mais personne n’avait osé imaginer la cacophonie et le blues électoral qui régnaient à Londres vendredi matin après une longue, très longue nuit. Les premiers résultats ne sont jamais révélés avant 23 heures et enclenchent un interminable compte-gouttes pour identifier les 650 députés. De quoi faire périr d’ennui l’observateur le plus enthousiaste qui remercie à genoux le ciel de n’avoir à supporter qu’un seul tour de ce pensum. Centralisés dans d’immenses gymnases ou hangars à zeppelin, les bulletins arrivent de tout le Royaume pour être flegmatiquement comptés et recomptés. De quoi laisser rêveur le Français habitué à tout savoir dès 20 heures avant d’assister blasé aux habituelles empoignades où tout le monde a gagné. Ici on ne s’empoigne pas, mais on ne sait toujours pas qui est élu et qui ne l’est pas douze heures après le scrutin.

Comme prévu les tories l’ont bien emporté (36% des voix) mais n’ont pas atteint la majorité. Même avec l’appui traditionnel de leurs amis du parti unioniste irlandais, ceux qui défilent tous les ans dans les quartiers catholiques au son des fifres et des tambours pour commémorer joyeusement et sans aucune provocation la conquête de l’Irlande et sa soumission à la Couronne.

Alliance lib-lab : qui perd gagne ?
Comme prévu, Brown a perdu (29%), mais il devance néanmoins Nick Clegg et ses Lib-dems, ce qui est presque une petite victoire en soi. Si les grandes manœuvres qui ont déjà commencé dès cette nuit des longs couteaux aboutissent, une coalition très bigarrée lib-lab-nationalistes gallois et écossais peut coiffer les tories sur le fil et obtenir d’un ou deux sièges cette fameuse majorité absolue de 326 qui est le gage de la stabilité politique du Royaume et de la stabilité tout court. Bien qu’arrivé second, rien ni personne ne peut l’obliger constitutionnellement à démissionner s’il a trouvé des appuis.

L’équation est donc simple mais diaboliquement perverse. Le très pâle vainqueur, celui à qui on promettait la victoire par KO il y a six mois, va-t-il être privé de son modeste mais incontestable succès ? L’inusable vaincu, le survivant du bigotsgate, va-t-il finalement gagner alors que le pays l’a désavoué mais pas trop ? Chacun a aussitôt claironné devant les caméras avoir remporté l’élection par défaut, chacun se dit prêt à mener le pays vers la prospérité et les lendemains qui chantent. On imagine déjà une sorte de course en sac dans les jardins de Buckingham pour les départager et la reine au chrono… Ou Cameron tentant de forcer la porte du 10 Downing Street pendant que Brown s’arc-boute pour lui interdire d’entrer.

Nick Clegg : retour au réel
Comme prévu, Nick Clegg sera bien le kingmaker annoncé, mais le FPTP a ramené le sémillant Lib-dem sur terre. 23 % des voix, mais seulement 51 sièges pour le moment, moins que dans la chambre précédente, un comble. Sacré nouvelle star de la vie politique britannique par la grâce télévisuelle de débats habilement menés, il paie le scrutin uninominal à un tour qui lamine à chaque fois son parti. Tous les ténors du Labour, d’Alan Johnson, le Home secretary (ministre de l’Intérieur) à Lord Mandelson (commissaire européen au commerce) ont entamé devant lui une gracieuse parade nuptiale destinée à le convaincre d’apporter son soutien en échange d’une réforme immédiate du mode de scrutin. La proposition est tentante. C’est même le rêve d’une vie. Mais peut-il décemment soutenir celui qu’il traite à qui veut l’entendre d’homme du passé ? Les négociations porteraient sur le départ de Gordon Brown et son remplacement à la tête du parti par un jeune loup, une sorte de Clegg bis travailliste, pour former un tandem new look. Il devra être capable de s’imposer à un parlement lui-même très renouvelé, 350 députés ayant sombré corps et biens dans le scandale des dépenses.

Une certitude malgré tout. Le FPTP est mort définitivement cette nuit. Injuste voire scandaleux, il n’avait qu’une vertu : assurer au pays la stabilité politique. Ce n’est plus le cas. Après 715 ans de d’existence indiscutable et d’identification à la démocratie britannique, les trois petits tours devant les caméras d’un jeune candidat aux dents blanches inconnu il y a trois semaines auront suffit à le rendre insupportable à tout un pays. On est peu de chose.

Bien malin qui peut prédire la suite. Elle est quelque part entre les mains de Nick Clegg, la conscience de Gordon Brown, les tripes de David Cameron et les nerfs de la reine. Good luck à tous, la journée va être très, très longue.


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Agnes Wickfield est correspondante permanente à Londres.

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