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L’école à la maison? Péguy et Stendhal répondent

C'était écrit, la chronique de Jérôme Leroy

L’école à la maison? Péguy et Stendhal répondent
Charles Péguy. ©Lavoro / Leemage / via AFP

Si la réalité dépasse parfois la fiction, c’est que la fiction précède souvent la réalité. La littérature prévoit l’avenir. Cette chronique le prouve.


L’article 21 de la loi sur le séparatisme visant à restreindre l’instruction à domicile ravive une guerre scolaire qui ne date pas d’hier. L’école laïque a pourtant été célébrée longtemps dans notre littérature comme une référence républicaine, politique mais aussi poétique, de Péguy à Marcel Pagnol en passant par Louis Pergaud. Mais l’école, laïque ou pas, est pour nombre de parents synonyme d’une intrusion dans l’éducation de leurs enfants par des valeurs qu’ils ne partagent pas. Le Monde publie le témoignage d’une mère qui a fait le choix d’éduquer ses trois filles à la maison: « L’État s’autoproclame premier éducateur de nos enfants, mais cela va à l’encontre de tous les textes fondateurs ! » Il est intéressant de voir que Charles Péguy, d’une certaine manière, conforte cette analyse : « Il ne faut pas que l’instituteur soit dans la commune le représentant du gouvernement ; il convient qu’il y soit le représentant de l’humanité ; ce n’est pas un président du Conseil, si considérable que soit un président du Conseil, ce n’est pas une majorité qu’il faut que l’instituteur dans la commune représente. [] Il est le seul et l’inestimable représentant des poètes et des artistes, des philosophes et des savants. » (Œuvres en prose) Pourtant Péguy poursuit : « Mais pour cela, et nous devons avoir le courage de le répéter aux instituteurs, il est indispensable qu’ils se cultivent eux-mêmes ; il ne s’agit pas d’enseigner à tort et à travers. »

Il semble là, par anticipation, répondre aux dérives pédagogistes et à la baisse du niveau des enseignants et des élèves qui sont aussi une des motivations de l’école à domicile. Premières raisons évoquées en effet par les associations : « La formation des enseignants incomplète, le refus du redoublement, l’évolution de la société qui fait que la parole de l’enseignant est moins prise en compte. »

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Cette résistance fera-t-elle réapparaître dans le roman cette figure du précepteur qui avait disparu au profit de celle de l’instituteur ? Précepteur qu’on voit, par exemple, dans Le Rouge et le Noir avec Julien Sorel. Ce ne serait pas forcément fait pour rassurer les partisans de l’école à la maison : « Les enfants auxquels l’on avait annoncé le nouveau précepteur, accablaient leur mère de questions. Enfin Julien parut. C’était un autre homme. C’eût été mal parler de dire qu’il était grave ; c’était la gravité incarnée. »

Il n’empêche que cette « gravité incarnée » ne l’empêchera pas de devenir l’amant de Madame de Rénal mère. Autant dire que l’école à la maison est à manier avec prudence…

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Mars 2021 – Causeur #88

Article extrait du Magazine Causeur


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Jérôme Leroy est écrivain et membre de la rédaction de Causeur. Dernier roman publié: Vivonne (La Table Ronde, 2021)

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