Du rififi chez les hommes de Jules Dassin, maître du réalisme social, à revoir sur Arte


Le très beau film noir Du rififi chez les hommes de Jules Dassin (1955) est l’histoire d’un cambriolage qui tourne à la tragédie pour Tony le « Stéphanois » et sa bande de malfrats à la fois rudes et droits.

De retour à la liberté après cinq ans de prison, Tony « le Stéphanois » retrouve ses amis Jo « le Suédois », Mario et César. Pour reconquérir Mado, maquée avec un autre caïd Pierre Grutter, Tony accepte de monter un nouveau coup: le cambriolage d’une célèbre bijouterie parisienne. Le casse, préparé avec minutie et rigueur, réussit à merveille. Mais une erreur du dandy séducteur César va mettre une bande rivale, celle des frères Grutter, à la poursuite du quatuor. 

Un Américain à Paris

Jules Dassin était déjà l’auteur d’excellents films noirs dont Nazi Agent (1942), un thriller d’espionnage avec Conrad Veidt; Les Démons de la liberté (1947), un asphyxiant huis clos, cru et brutal, contant l’évasion d’un pénitencier, avec Burt Lancaster; La Cité sans voiles (1948) superbe portrait de New York, centré sur la recherche d’un monstre criminel ou Les Bas-Fonds de Frisco (1948), un drame social tragique. Jules Dassin se révèle dans cette veine un cinéaste méticuleux et précis construisant une œuvre où l’univers du thriller est fortement marqué par un réalisme social noir.

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Jules Dassin a été dénoncé à la fin des années quarante pour ses sympathies communistes par le cinéaste Edward Dmytryk (le réalisateur de Ouragan sur le Caine, Le Bal des maudits, L’Homme aux colts d’or). Il se retrouve sur la liste noire des maccarthystes.  Le cinéaste doit alors s’exiler en 1949 en Europe, où il tourne à Londres en 1950, l’un de ses chefs-d’œuvre, Les Forbans de la nuit avec Richard Widmark et Gene Tierney. Et c’est à Paris qu’il tourne en 1955 l’une de ses plus belles œuvres : Du rififi chez les hommes

Un roman d’Auguste Le Breton

Le film bénéficie d’un scénario signé par Jules Dassin lui-même mais aussi René Wheeler et Auguste Le Breton qui adapte ainsi son roman éponyme publié en Série Noire. Servi par le superbe noir et blanc contrasté et scintillant du chef-opérateur Philippe Agostini et des interprètes tous excellents, le film est une pure tragédie noire. Jean Servais est impeccable dans le rôle de Tony le Stéphanois, gangster froid, dur et sans pitié mais respectueux des codes des truands. Atteint de tuberculose et désabusé, il mène ce nouveau cambriolage avec brio et reste fidèle à ses amis jusqu’à l’issue fatale. 

La mise en scène virtuose de Jules Dassin, son sens du cadre acéré et du montage sec suivent les codes du film noir américain. Deux séquences d’anthologie: le cambriolage (trente-cinq minutes sans une seule parole) et la scène finale, une fulgurante course automobile. 

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Du Rififi chez les hommes est une pierre précieuse filmique qu’offre le cinéaste américain à son nouveau pays d’adoption, la France. Longtemps après la vision du film, la belle complainte mélancolique Du rififi chez les hommes, chantée par Magali Noël à L’Âge d’or, le cabaret des frères Grutter, nous hante. Un film noir qui a influencé sans aucun doute le grand Jean-Pierre Melville pour ses films Le Deuxième souffle, Bob le flambeur ou Le Cercle rouge.

Du Rififi chez les hommes un film de Jules Dassin, France – 1955 – 2h02
Visible sur ARTE le jeudi 1er avril à 13h30 et en replay arte.tv. DVD/BLU RAY Classiques Gaumont

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Jacques Déniel
est directeur de cinéma.
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