Quand l’insécurité fait un retour très opportun dans le débat public…


Alors, ensauvagement ou pas ensauvagement ? Darmanin ou Dupond-Moretti ? Je n’attendais pas grand-chose de ce gouvernement mais finalement, Dupond-Moretti est plutôt une bonne surprise. Il est dans son rôle. Darmanin est sans doute dans le sien aussi, si on admet qu’un ministre de l’Intérieur doit être une pâle copie du Sarkozy époque Beauvau.  

Je vois bien qu’il ne fait pas bon, par les temps qui courent, de se permettre la moindre réserve sur le fait que la France est au bord du chaos. On collige les faits divers les plus horrifiques et on a vite fait, bien fait de se faire traiter de salopard laxiste si on décide que le crime horrible de Nantes n’est pas forcément ce qui résume la société française aujourd’hui. 

L’insécurité ça marche toujours, coco

Dupond-Moretti l’a fait et on sent que la lapidation n’est pas loin. On voit bien que l’enjeu n’est pas seulement un point de vocabulaire, c’est une vision de la sécurité. Le débat ne date pas d’hier. Moi, ce qui me surprend, c’est le moment où ce débat fait son retour. La France vit dans la peur, c’est vrai. La situation sanitaire est loin d’être stabilisée mais on met sous le tapis une rentrée scolaire hautement hasardeuse avec son protocole ultra-light qui a remplacé le protocole kafkaïen du printemps. Deux excès nuisibles et entre les deux, aucune réflexion sur l’école de demain, sur la grande misère des établissements scolaires aussi surpeuplés que les prisons. Quant à la situation économique, elle aussi a de quoi effrayer du côté du monde du travail. La relance ne sera manifestement pas keynésienne mais essentiellement fondée sur une politique de l’offre qui ne cesse de montrer ses effets négatifs depuis des décennies. Mais pourquoi changer une équipe qui perd ?

Alors, pour faire oublier les peurs réelles, on en sort opportunément une autre, qui a fait ses preuves. L’insécurité, ça marche toujours, coco. Et on parle chez les politiques d’Orange mécanique. Oh pas celle de Burgess et Kubrick qui était in fine le contraire : une critique des réponses sécuritaires qui finissaient par égratigner et un peu plus que ça, la démocratie. Non, on parle du livre d’Obertone qui a eu naguère son petit succès. Le problème de la méthode Obertone, c’est qu’elle est totalement biaisée et malhonnête. Elle marche à tous les coups mais ne prouve rien. Laissez-moi un mois pour lire la presse régionale et relever les faits-divers heureux. Gestes de solidarité, exploits sportifs locaux, initiatives culturelles et je sortirai un livre qui montrera de manière aussi fausse que la France est un pays aimable, doux, avec des gens formidables et où il fait bon vivre. Ça marchera beaucoup moins bien en librairie. Le sang fait vendre alors que le bonheur ennuie parce que, c’est bien connu, les gens heureux n’ont pas d’histoire.

La loi c’est moi !

Après, si on veut vraiment aller jusqu’au bout de la logique sécuritaire du moment, parce ce que les idées ont des conséquences, je propose de fusionner le ministère de la Justice et celui de l’Intérieur et comme dans le film de SF Judge Dredd avec Stallonne qui est à la fois « policier, juge et bourreau ». 

En plus, ça fera des économies de fonctionnaires. Et c’est toujours mieux, quand il y a moins de fonctionnaires, n’est-ce pas ?

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