Jadis, les timbres-poste des républiques socialistes s’ornaient fièrement de paysages industriels, cheminées d’usines crachant la fumée dans le soleil levant, armées de tracteurs nivelant les collines et comblant les vallées afin d’y implanter des nœuds ferroviaires ou des habitations sociales. Jusque dans leurs symboles les plus modestes, les démocraties prolétariennes affirmaient ainsi leur ancrage dans une idéologie du progrès qui donne à l’homme, « maître et possesseur de la nature », le droit de la remodeler, voire de la détruire, s’il y trouve son avantage. Dans cette perspective, la nature, quelle qu’elle soit, n’a pas à être respectée : elle n’a aucune valeur en soi, n’étant qu’une matière première indéfiniment manipulable et utilisable. À l’inverse, la pensée de droite, fondamentalement méfiante à l’égard de l’idée de progrès, se présentait comme profondément attachée à la préservation du patrimoine, au respect de la nature et de ses lois, et se montrait hostile à toute artificialisme systématique : ses principaux théoriciens reconnaissaient que l’on doit, certes, humaniser la nature, mais en aucun cas l’anéantir, sous peine de perdre ses repères, ses racines et son identité. En somme, à l’origine, la nature constitue, à côté du rapport au temps, l’un des marqueurs décisifs du clivage droite/gauche : dans cette perspective, on peut dire que l’écologie est foncièrement traditionaliste.

Lire la suite