Jean-Luc Godard, dans ses années maoïstes, définissait ainsi le drapeau suisse : le sang des autres, on met une croix dessus. Plus nuancé, l’écrivain soleurois de gauche, Peter Bichsel, disait qu’il ne pouvait pas s’empêcher de ressentir une émotion quasi primitive en le regardant. Il n’a jamais signifié grand-chose pour moi, mais je lui trouvais fière allure. Il n’y a guère que le drapeau japonais à pouvoir rivaliser esthétiquement avec lui.

Aussi, quand on m’a appris qu’un parti politique helvétique voulait en changer sous prétexte que la croix renvoie au christianisme, religion intolérante contrairement à l’Islam comme chacun devrait le savoir, je suis demeuré pantois. Je sais bien que toute guerre est d’abord une guerre de symboles. Mais remplacer celui de la Suisse, même primitive, par un drapeau évoquant tout à la fois le Ghana et la Bolivie, c’était pousser le bouchon un peu loin.

Le même jour, j’assistai à Paris, rue Myrrha à un déferlement de haine de pieux musulmans scandant : « Mort aux Juifs ». Il y a des choses qu’on ne pensait jamais revoir. Stupéfaction : elles s’étalent sous nos yeux dans l’indifférence, quand ce n’est pas avec la complicité de ceux qui sont toujours prêts à s’indigner. Ce que nous nous garderons bien de faire, l’indignation morale étant la forme de vengeance la plus perfide.

Inutile d’avoir lu Nietzsche pour en être convaincu.

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