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Déplacement du PSG en TGV: quand le prêt-à-exhiber de l’indignation prend le pas sur le bon sens

Déplacement du PSG en TGV: quand le prêt-à-exhiber de l’indignation prend le pas sur le bon sens
Céline Pina Photo: Hannah Assouline

“Se déplacer en char à voile” : la blague de l’entraîneur Christophe Galtier permet à un tas de journalistes et politiques vertueux de montrer leur belle âme depuis 24 heures. Un billet de Céline Pina.


Des affreux, qui se moquent éperdument de voir la planète brûler et contribuent à son agonie en se déplaçant en jet privé par pur caprice ! Voilà comment une partie des politiques et de la presse font des gorges chaudes de la réaction de l’entraîneur du PSG, Christophe Galtier et de Kylian Mbappé quand un journaliste leur fait part de la proposition du directeur de TGV-Intercités, Alain Krakovitch, d’organiser leurs déplacements en train.

Leçons de morale

Il faut reconnaître que les gloussements de pré-ado de Kylian Mbappé, comme l’ironie arrogante dont a fait preuve l’entraîneur, n’ont pas servi leur cause. Mais sur le fond, on a peine à penser que la SNCF, qui sait à peine gérer les départs en vacances sans que les gares ne se transforment en gigantesque capharnaüm, serait capable de gérer la quasi-émeute que ne manquerait pas de déclencher le passage des stars du PSG. On imagine le coût qu’entraînerait la sécurisation des voies, des quais comme des trains, la quantité de personnel mobilisé, la quantité de forces de sécurité nécessaires, les aménagements et les contrôles à réaliser. Il n’est pas sûr qu’à la fin le remède ne soit pas pire que le mal.

Certes, le joueur et son coach auraient peut-être gagné à expliquer les contraintes, risques et coûts qu’impliquerait le choix de ce mode de déplacement plutôt que de faire le choix du mépris et de l’ironie déplacée. Mais, il faut bien reconnaître que toutes ces leçons de morale qui ne s’embarrassent pas d’une réflexion minimale sur la réalité des conditions matérielles de déplacement sont pénibles. D’autant que nous avons déjà eu droit à la même comédie où pour exhiber sa vertu, il ne faut pas hésiter à s’exonérer du réel. Rappelez-vous, c’était lors de l’élection de François Hollande. Celui-ci avait annoncé que son gouvernement ne se déplacerait qu’en train. Sauf que les impératifs de protection du gouvernement avaient tellement renchéri et compliqué les déplacements que cette promesse purement démagogique ne fut évidemment jamais tenue !

On peut aussi s’indigner sur autre chose…

Et pourtant, il y a de quoi s’indigner réellement au sujet du football. 

La Coupe du monde au Qatar est une honte, et on ne peut qu’être sidéré par tous ces gens prêts à fermer les yeux sur les 7000 ouvriers qui sont morts à cause de conditions de travail proches de l’esclavagisme pour construire des stades où viendront s’installer quelques privilégiés. Mais visiblement cela ne devrait pas gâcher la « fête du football ». On pourrait aussi s’étrangler d’indignation en voyant que le PSG est entre les mains des Qataris. Ceux-ci sont les financiers des Frères musulmans, le mouvement islamiste allié des nazis en leur temps et qui n’a pas renié ses fondamentaux totalitaires. Des Qataris qui jouent un rôle plus que trouble dans le financement du terrorisme international. Mais que vaut le sang versé face aux nouveaux jeux du cirque que représente le football ? Visiblement, pas grand chose. 

Certaines de nos grandes consciences se consolent vite des violences qu’elles connaissent pourtant parfaitement et gageons qu’elles twitteront avec enthousiasme les résultats des matchs de ce Mondial de la honte… Pourtant, là, l’indignation aurait le mérite de s’appuyer sur la connaissance des réalités et l’analyse des faits.


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Ancienne conseillère régionale PS d'Île de France et cofondatrice, avec Fatiha Boudjahlat, du mouvement citoyen Viv(r)e la République, Céline Pina est essayiste et chroniqueuse. Dernier essai: "Ces biens essentiels" (Bouquins, 2021)

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