Y-a-t-il parmi vous, braves lecteurs de Causeur, des fans de David Bowie ? Non. Pas un seul, je parie, qui soit prêt à sauter dans l’Eurostar pour découvrir le must de la saison culturelle outre-Manche : l’exposition consacrée à la pop-star britannique au musée Victoria et Albert. Avec près de 50 000 entrées préachetées, l’afflux de visiteurs est difficile à réguler. Un engouement déclenché par la sortie d’un album attendu depuis dix ans : qualifié de « chef-d’œuvre crépusculaire » par le New York Times, The Next Day  s’affiche en tête des ventes dans une dizaine de pays. Si vous êtes du genre sélectif et réservé, vous le détesterez. Et plus encore le clip diffusé en mai sur YouTube pour accompagner la chanson-éponyme: sang et stigmates qui rehaussent une iconographie vaguement christique et outrageusement glauque, Marion Cotillard en prostituée, Gary Oldman en prêtre, Bowie en prophète, bref, une exhalaison de mauvais goût dont vous fuirez au loin l’odeur fétide. « David Bowie is back, but hopefully not for long », a promis le président de la puissante Christian League américaine. Peut-être ne vous déplairait-il pas qu’il ait raison. Mais peut-être aimeriez-vous plutôt vous replonger dans ces années 1960, qui ont vu naître Bowie en tant qu’artiste et dont vous avez gardé, je le sens, une secrète nostalgie. En dépit de leur caractère convulsif, de leur atmosphère d’infantilisme et d’enfantillage, de leur héritage ambigu, les roaring sixties furent aussi le moment d’un grand rêve de liberté. Depuis lors, nous n’avons plus jamais osé faire des rêves si dangereux.

1969 : une odyssée suburbaine.

« David Bowie is » : la référence aux sixties s’étale sur toute la hauteur de l’imposante façade du musée. Une phrase inachevée en guise de titre et nous voilà baignant dans une sauce post-structuraliste à la Barthes. L’impression de faire irruption en plein cours de sémiotique se précise, à peine franchi le seuil, où une citation de la star  se détache sur un mur grisâtre : « Tout est instable. La signification de l’œuvre n’est pas nécessairement celle voulue par l’auteur. Il n’y a pas de voix qui fasse autorité. Il n’y a que des lectures multiples. » Tant pis pour les visiteurs qui croyaient naïvement que leur idole était juste un chanteur de pop & rock. David Bowie est une galerie de personnages, un conglomérat de personnalités, un fichier d’identités abandonnées. Il est ce que son époque l’a autorisé à être…

Victoria and Albert Museum, Cromwell Road, M° South Kensington.

Jusqu’au 11 août, ouvert tous les jours de 10 heures à 17h30 (dernière entrée à 16h30), vendredi jusqu’à 21h30.

Billets uniquement au guichet le jour de la visite (plus de pré-vente). 

*Photo : Mashthetics.

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