Home Édition Abonné Décembre 2018 Aux Emirats, le Palestinien Dahlan renaît de ses cendres


Aux Emirats, le Palestinien Dahlan renaît de ses cendres

Aux Emirats, le Palestinien Dahlan renaît de ses cendres
Mohammed Dahlan, Mohammed Madji / AP/ SIPA ap22081365_000002

Surnommé le « Phénix » en raison de son parcours tumultueux, Mohammed Dahlan résume quarante ans d’histoire palestinienne. Oublié depuis quelques années, cet ex-homme fort de l’OLP à Gaza, 57 ans, refait aujourd’hui parler de lui à cause de son implication dans un autre conflit moyen-oriental. Il y a quelques semaines, le site Buzzfeed a en effet révélé que Dahlan, aujourd’hui résident aux Émirats arabes unis, supervisait l’envoi de mercenaires américains au Yémen pour liquider des chefs djihadistes. Cette opération encadrée et financée par les Émirats a conduit Dahlan à solliciter le sous-traitant… israélo-américain Avraham Golan (sic) pour embaucher d’anciens membres des commandos américains.

Itinéraire d’un enfant gâté de l’OLP

Comment l’enfant de réfugiés de la bande de Gaza s’est-il hissé jusque-là ? Le jeune Dahlan s’est illustré à la tête de la Shabiba, l’organisation de jeunesse du Fatah à Gaza. En décembre 1987, l’éruption de la première Intifada permet à ce militant rusé et ambitieux de brûler les étapes. Dépassé par sa base, Yasser Arafat a un besoin vital de contrôler le mouvement. Il sollicite alors Dahlan et ses amis pour reprendre pied à Gaza, où les islamistes du Hamas commencent alors à supplanter le Fatah. Arrêté par Israël, expulsé vers la Jordanie, il rejoint le raïs en exil à Tunis puis rentre à Gaza après les accords d’Oslo. Nommé chef de la sécurité préventive à Gaza afin de surveiller le Hamas comme le lait sur le feu, Dahlan devient la coqueluche des Israéliens et des Américains. De quoi piquer la méfiance d’un mentor aussi paranoïaque qu’Arafat, auquel son ex-féal reproche la conduite calamiteuse de la deuxième Intifada (2000). Ministre de l’Intérieur de Mahmoud Abbas, Mohamed Dahlan connaît un échec cuisant lorsque le Hamas s’empare de Gaza en 2007. Quatre ans plus tard, il quitte l’Autorité palestinienne, sous le coup d’accusations de corruption, puis gagne Abu Dhabi où ses talents et son carnet d’adresses trouvent preneurs. Rêvant de diriger le mouvement national palestinien, Dahlan se targue d’être boycotté par les Américains depuis son échec à Gaza. Au bord du golfe Persique, il se tient toujours en réserve de la Palestine.

Décembre 2018 - Causeur #63

Article extrait du Magazine Causeur


Vous venez de lire un article en accès libre.
Causeur ne vit que par ses lecteurs, c’est la seule garantie de son indépendance.
Pour nous soutenir, achetez Causeur en kiosque ou abonnez-vous !
Previous article Pour Zineb El Rhazoui
Next article Transgenres: la première qui a dit la vérité… a été censurée
est historien et directeur de la publication de Causeur.

RÉAGISSEZ À CET ARTICLE

Le système de commentaires sur Causeur.fr évolue : nous vous invitons à créer ci-dessous un nouveau compte Disqus si vous n'en avez pas encore.
Une tenue correcte est exigée. Soyez courtois et évitez le hors sujet.
Notre charte de modération