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Péril et mystère autour de la sépulture de Loïe Fuller

Il faut sauver la case 5382 au Père-Lachaise !


Péril et mystère autour de la sépulture de Loïe Fuller
La danseuse américaine Loïe Fuller en 1889. DR.

Si personne ne revendique des droits sur la concession accordée il y a cent ans pour la sépulture de Loïe Fuller (1862-1928), et n’est prêt à payer 10 000 euros pour la renouveler, les cendres de cette artiste devenue un mythe et qui fut l’une des gloires de la Belle Epoque risquent de disparaître dans une fosse commune…


Ce 2 janvier 2026 sera le 98e anniversaire de la mort de Loïe Fuller. Loïe Fuller, « la » Loïe Fuller, ce mythe de la Belle Epoque, cette petite dame replète et sans beauté, cette danseuse assez médiocre qui affola cependant le regard de ses contemporains. En se noyant sous des voiles immenses qu’elle faisait danser sous des effets lumineux alors inédits, cent fois plagiée, elle fut la première à user sur scène avec autant de virtuosité des trésors nouveaux de la fée Electricité.

Loïe Fuller que croqueront peintres, affichistes et dessinateurs, Toulouse-Lautrec, Jules Chéret, Maurice Biais, Pierre Roche, Ferdinand von Reznicek, Pal, Georges Meunier… Loïe Fuller dont la silhouette serpentine entourée de nuées de soie alla jusqu’à inspirer d’innombrables figurines à son image comme celle de Daum en pâte de verre. Et jusqu’à des pieds de lampes. Loïe Fuller qui triompha dans son propre théâtre devant le monde entier au sein de l’Exposition Universelle de 1900. Loïe Fuller, l’amie de Marie d’Edimbourg, reine de Roumanie, de Rodin, de Mallarmé, de Guimard, des Curie, la protectrice bientôt déçue d’Isadora Duncan…

Echéance inéluctable

Il n’y aurait pas sujet d’en parler particulièrement aujourd’hui, alors que le centenaire de la mort de Loïe Fuller n’échoira que le 2 janvier 2028. Mais ce centenaire marquera aussi la fin de la concession que sa compagne, Gabrielle Bloch, avait acquise dans le columbarium du Père-Lachaise afin d’y déposer l’urne contenant les cendres de l’artiste, Juste en face de la lugubre chapelle laïque du cimetière où les cérémonies funèbres se succèdent à un rythme industriel.

Ainsi les restes de celle qui enivra les foules risquent d’être retirées par l’administration dès le 9 janvier 2028 de la case 5382 où ils reposent. Et d’être misérablement jetés à la fosse commune.  « La » Loïe Fuller qui fut une des gloires du Paris de 1900, qu’on célèbre partout encore aujourd’hui, dans des films, des documentaires, des livres, des musées, pourrait disparaître une seconde fois, par ignorance ou par indifférence des pouvoirs publics.  Les cendres de sa compatriote Isadora Duncan, morte quelques mois avant elle, en septembre 1927, ont été déposées non loin. Et tout à côté sont renfermées celles de deux autres chorégraphes américains célèbres, Alwin Nikolais (1910-1993)  et Murray Louis (1926-2016). Une conjonction qui n’est pas due au hasard. Isadora et Loïe avaient fait de Paris leur seconde patrie. Même chose pour Alwin et Murray qui avaient triomphé à leur tour sur les scènes parisiennes et pour qui la proximité voulue de ces quatre sépultures de chorégraphes américains étaient une forme de reconnaissance pour l’accueil reçu en France et pour leur public.

Comment pourrait-on imaginer sans frémir que disparaisse ce lieu de mémoire alors que le renouvellement de la concession se chiffre à 10 000 euros et que l’on ne connaît aucun parent ou ayant droit pouvant en réclamer les droits ? Ce serait évidemment à la Ville de Paris de décider d’en perpétuer indéfiniment le cours, afin d’honorer une artiste qui contribua jadis à son rayonnement universel. Et de se substituer à des héritiers perdus dans les brumes du temps.

De mystérieux inconnus

Il y a peu, à l’automne de 2023, des artistes chorégraphiques découvraient que la plaque funéraire qui ornait la niche 5382 (la seule à porter le nom de sa destinataire sous la forme de sa signature) gisait à terre, brisée en plusieurs fragments, sans que l’administration du cimetière ne se soit par ailleurs aperçue de quoi que ce soit et ne se soit alarmée. De pieuses mains avaient alors fixé une photographie de Loïe Füller protégée sous une enveloppe de plastique pour remplacer le bronze ruiné. Mais, plus extraordinairement, et bien plus mystérieusement encore, la plaque sera remplacée par des inconnus quelques mois plus tard, sans que le bureau des concessions en soit autrement avisé. Sans que jamais l’on ait pu découvrir de qui est venu ce geste miraculeux, de quels admirateurs ou de quelles admiratrices éperdus, assez généreux pour faire effectuer cette tâche pie à l’insu de tous !

Que tout cela se soit déroulé en plein cœur du cimetière envahi par les visiteurs, face à cette chapelle qui voit défiler chaque jour des centaines de personnes endeuillées, dans l’ignorance absolue de la direction du cimetière : cela donne une bien fâcheuse idée de la façon dont il est administré et surveillé.

Mais cette dévotion anonyme apporte aussi une note d’étrangeté et de romantisme noir, digne du Fantôme de l’Opéra, du Mystère de la chambre jaune ou des aventures de Fantômas, les romans fantastiques de Gaston Leroux, de Pierre Souvestre et de Marcel Allain. Tous des contemporains de Loïe Fuller. Et qui comptèrent sans doute parmi ses admirateurs…

2019

A lire : Loïe Fuller, danseuse de la Belle Epoque, de Giovanni Lista. 680 pages. Editions Stock. La biographie la plus achevée de l’artiste américaine.

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