Il n’aura échappé à personne que Kim Jong-un, le cher leader nord-coréen et troisième représentant de sa lignée dynastique, fait preuve d’une agressivité redoublée ces derniers temps et n’hésite pas à aller jusqu’à menacer les États-Unis d’Amérique de faire usage de son armement nucléaire.
S’il est un point qui fait l’unanimité parmi les spécialistes, c’est qu’une attaque nord-coréenne serait un suicide pur et simple. Je n’ai, à ce jour, pas trouvé un seul commentateur qui parvienne à imaginer le bénéfice que pourraient tirer Kim Jong-un et sa junte d’une telle initiative. D’où l’adjectif le plus souvent associé aux menaces de Pyongyang : « irrationnelles ».
On ne peut, bien sûr, pas complètement écarter l’hypothèse de la folie mais le rasoir d’Ockham nous recommande plutôt de chercher dans la direction d’un objectif tout à fait rationnel :
– Le chantage : Kim Jong-un menace de mettre la région à feu et à sang et de précipiter la chute de son propre régime pour obtenir de l’aide (de la Chine). Dans l’état actuel des choses, l’Empire du Milieu ne souhaite pas la disparition du régime nord-coréen et pourrait donc acheter le calme de son protégé (lire Guy Sorman).
– Le suicide : Kim Jong-un cherche lui-même à mettre fin à son propre régime. Implicitement : il n’est pas complètement maître de la situation en interne et pousse sa propre armée – i.e. ses généraux – à commettre une erreur qui devrait leur être fatale.
– Le complot : la Corée du nord serait en réalité un « ennemi utile » pour les États-Unis et leur permettrait de justifier leur présence militaire en Asie. Les bravades de Pyongyang ne seraient qu’une comédie plus ou moins orchestrée avec l’accord ou la complicité de Washington.

– Le chiffon rouge : si les États-Unis subventionnent la défense sud-coréenne, c’est essentiellement pour maintenir un semblant de stabilité dans la région. Le régime nord-coréen cherche à leur faire comprendre que l’effet obtenu est exactement inverse.
– « la guerre, c’est la paix ». Le maintien de cet état de guerre permanent est une méthode de gestion interne de la dictature : comme dans le roman d’Orwell, cette menace de guerre fictive permet de maintenir la population sous contrôle.
– Autre chose ?
Sans être un fin connaisseur du sujet, j’ai tendance à exclure les thèses du complot et du suicide et j’ai le vague sentiment que l’attitude de Kim Jong-un est une combinaison des trois autres.

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