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Est-il complotiste de continuer de s’interroger sur les origines du coronavirus?

Est-il complotiste de continuer de s’interroger sur les origines du coronavirus?
Personnes attendant devant une école de Wuhan en Chine, mars 2021 © AP/SIPA Numéro de reportage : AP22552477_000004

Les médias ont longuement parlé du laboratoire P4 au début de la crise sanitaire. Ce n’est plus le cas.


Il y a deux grands types de complotistes. Les premiers, qui sont très rares et inoffensifs, pensent par exemple que des extraterrestres viennent enlever des êtres humains pour leur faire subir toutes sortes de sévices, à l’instar de ce pauvre Eric Cartman dans le premier épisode de l’immortelle série South Park. Les seconds, plus nombreux et dangereux politiquement, estiment que leurs médias de masse ont tendance à mentir, à tricher, à passer sous silence, à nommer le réel d’une manière qui revient à le nier. Comme le remarquait dernièrement l’excellente Anne-Sophie Chazaud, la reductio ad conspiratio est, pour le système, la nouvelle reductio ad hitlerum. Si vous doutez de la vérité établie par le complexe politico-médiatique, dont l’ « objectivité » sans cesse réaffirmée vous paraît très sujette à caution, vous n’êtes pas un interlocuteur respectable.

« Du point de vue de l’OMS, toutes les hypothèses restent sur la table. Ce rapport marque un début très important, mais le chemin ne s’arrête pas là. Nous n’avons pas encore trouvé la source du virus et nous devons continuer de suivre les éléments scientifiques et d’explorer toutes les pistes possibles » Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus

Vos doutes sont au mieux la manifestation de votre ignorance, au pire celle de votre extrémisme – le méchant, celui de droite, bien entendu. Généreux, les journalistes ont pourtant inventé pour vous le fact checking – en anglais, ça fait plus sérieux, plus think tank, plus New York Times, plus UCLA. Mais comme vous êtes en définitive con comme un manche à balai, du genre à rouler au diesel, à fumer des clopes, à penser qu’il est criminel de bourrer d’estrogènes des petits garçons de huit ans, à aimer votre pays comme il est, les journalistes savent que c’est vain, le fact checking. Du coup, au moins, ça leur donne matière à rire, à faire des blagues faciles sur les « bas du front » entre deux bières light avalées doucement devant un troquet fermé-ouvert à cause de la Covid.

Et si le SRAS-CoV-2 s’était échappé d’un labo?

Il serait complotiste de s’interroger sur la responsabilité du laboratoire P4 de Wuhan dans l’apparition du SRAS-CoV-2. Ça, nos médias de masse le répètent. Pourtant, au commencement de la crise, certains de ces médias ont longuement parlé de ce même laboratoire. On apprenait que ce dernier, construit grâce à l’argent et l’aide de la France – la décision avait été prise sous le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin –, avait rapidement échappé à son contrôle. Pékin refusa d’honorer le contrat, qui prévoyait que la construction serait menée par des entreprises françaises et que des chercheurs de chez nous pourraient ensuite venir y travailler. Le P4 fut inauguré en 2017, en présence de Bernard Cazeneuve, alors Premier ministre, et d’une Marisol Touraine plus extatique que jamais. Très contente, la fille du hiérarque transhumaniste déclarait alors que les autorités chinoises permettraient à cinquante chercheurs français de résider à Wuhan afin de faire tourner ce remarquable outil scientifique. Finalement, bien sûr, pas un seul n’y vint.

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Au printemps 2020, s’appuyant sur des câbles diplomatiques américains, le Washington Post, journal fanatiquement anticomplotiste, révélait que le laboratoire P4 était dans un sale état. Photos à l’appui, on pouvait constater que les joints de certaines portes étanches étaient dignes de ceux du frigo d’un étudiant en socio à Nanterre. Les agents américains qui avaient pu visiter les lieux évoquaient de graves défauts d’entretien, un dangereux relâchement de la sécurité. Les services de renseignements français et britanniques, à qui l’on demanda de se pencher sur l’affaire, établirent eux aussi que le SRAS-CoV-2 avait pu s’échapper du P4. Il convient de rappeler que le virus apparut sur un marché de la ville, à un jet de pierre du laboratoire, lequel parvint d’ailleurs à séquencer le SRAS-CoV-2 en quelques jours, prouesse qui stupéfia les spécialistes.

Donald Trump complotiste en chef

Mais il ne fallait pas accabler la Chine. Hormis Donald Trump, chef des complotistes, qui osa soutenir publiquement cette hypothèse, les dirigeants occidentaux ne la reprirent pas. Il n’était pas judicieux à leurs yeux d’enquiquiner Pékin au moment où ils semblaient découvrir en même temps que leurs peuples respectifs que masques, tests PCR, respirateurs artificiels et même blouses n’étaient fabriqués qu’en Chine ou, à tout le moins, ne pouvaient l’être sans elle. Par ailleurs, pour les mondialistes, dont les mêmes dirigeants sont, et qui tiennent les médias de masse, chercher une faute chinoise, c’était prendre le risque de la trouver et, si on la trouvait au P4 de Wuhan, provoquer une crise géopolitique majeure qui aurait pu déboucher sur un conflit, phénomène qu’ils refusent absolument, lui préférant de loin le déni voire la soumission. Ce qu’on ne peut dire, il faut le taire, n’est-ce pas ; la victoire du Progrès vaut bien quelques silences coupables. L’hypothèse d’un SRAS-CoV-2 transmis à l’homme par un pangolin mordu par une chauve-souris, qui tient la route mais pas davantage que celle d’un virus déjà découvert et séquencé par, mettons, le P4 de Wuhan, s’imposa donc dans les discours politique et médiatique qui n’en forment, bien sûr, qu’un en vérité.

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Il eût été du reste très utile de savoir précisément où et comment le SRAS-CoV-2 était né, notamment pour concevoir rapidement un vaccin. L’OMS le disait à l’époque qui réclamait aux autorités chinoises de pouvoir envoyer, à Wuhan, ses équipes. Et d’ailleurs Pékin accepta : flanquée des hommes du PCC, une poignée d’experts put, durant quelques jours, faire une visite touristique du Hubei. Cette enquête très insatisfaisante d’un point de vue scientifique n’indigna personne, et surtout pas le directeur général de l’OMS, l’Ethiopien Tedros Adhanom Ghebreyesus, élu en 2017 à la tête de l’organisation grâce au soutien de la Chine. Au sein de l’OMS, des experts, dont la compétence n’est point douteuse, firent filtrer des informations qui prouvaient que ledit Tedros ménageait un peu trop Pékin. Ensuite, malgré les molles et régulières demandes de l’organisation, Pékin refusa obstinément de laisser des chercheurs étrangers enquêter vraiment sur son sol. Si le P4 du Wuhan est réellement en cause, les autorités chinoises auront donc eu une année entière pour se débarrasser des preuves et de ceux qui en auraient eu connaissance.

Jeune pangolin de Thaïlande. © Yingboon Chongsomchai/ ZSL/ Cover/ SIPA
Jeune pangolin de Thaïlande.© Yingboon Chongsomchai/ ZSL/ Cover/ SIPA

Le doute persiste

Dès lors, le rapport sur l’origine du SRAS-CoV-2 que l’OMS vient tout juste de rendre public prête surtout à rire, même chez cette dernière qui, consciente du ridicule qu’il y aurait à trop le défendre, a au contraire réclamé de pouvoir enquêter davantage. Pour sauver les apparences, ne pas cracher dans la main qui la nourrit – à tout le moins, certains de ses membres éminents –, elle a quand même affirmé que l’hypothèse d’une épidémie simple fruit du hasard demeurait la plus solide. En somme, l’OMS ne fait en rien de la science mais de la politique. Et l’on aura bien compris ces derniers mois de quel côté elle penche en la matière. Tant que la Chine ne fera pas un peu plus preuve de cette fameuse transparence détestable dans l’absolu mais nécessaire en l’état, le doute persistera. Ses clients et ses alliés objectifs ne s’en formaliseront certes pas. Les autres, et notamment ceux qui voient une menace dans son élévation et, depuis un an, dans l’agressivité et le cynisme sans fard qu’elle manifeste, n’en seront que plus soupçonneux.

Il convient de rappeler aux anticomplotistes – successeurs des antifascistes, en somme – que les complots existent. Ils furent nombreux dans l’histoire, et certains d’entre eux eurent des effets décisifs sur le cours de celle-ci. L’origine du SRAS-CoV-2 est nimbée de mystère ; nos « soldats de l’info » devraient essayer de le percer. Il est noble de penser contre soi.

L'incident

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Nicolas Lévine est un pseudonyme. Historien, il travaille dans la fonction publique au plus près du sommet de l'Etat et écrit pour "Causeur". Dernière publication : "L'incident", 2020, Ring.

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