Le débat public français le veut ainsi. Le rapport Gallois sur la compétitivité française, élaboré à la demande du gouvernement, n’a pas occasionné la confrontation d’idées qui eût permis de lui donner un impact véritable. Il a, en revanche, ouvert une fenêtre de tir médiatique instantanément utilisée par les ministres de François Hollande pour annoncer leur propre plan de soutien à l’économie.

Ce rapport ouvrait cependant des perspectives d’action plus larges que celles du dispositif gouvernemental. Il réclamait ainsi de mettre à l’essai l’exploitation du gaz de schiste, de ne pas amputer sans raison majeure la capacité nucléaire civile ; il posait la question de la parité de l’euro, monnaie la plus surévaluée au monde après le yen. Ces questions attendront de meilleurs jours.

Pour le reste, ses préconisations étaient attendues. Louis Gallois a mesuré les handicaps français durant ses longues années d’activité à la tête de grandes entreprises, comme EADS, qui sont aussi des donneurs d’ordres à des centaines d’entreprises petites et moyennes. Il sait que la France, moins atteinte que beaucoup d’autres par la violente crise occidentale de 2008 et 2009, est cependant exposée à de graves mécomptes par l’érosion de sa compétitivité. L’économie nationale se trouve sans doute à la croisée des chemins, et dans la pire situation qui soit puisqu’elle doit s’adapter et se renforcer tout en subissant les effets débilitants de la crise de ses voisins de l’Europe du Sud. Toute la difficulté de l’énoncé français tient en deux propositions : premièrement, il lui faut dégager les moyens d’une compétitivité accrue de ses entreprises, les industrielles surtout ; deuxièmement, elle ne peut déprimer brutalement sa demande intérieure, comme ses voisins du Sud, sans basculer dans une récession plus violente encore. Elle doit donc recevoir et interpréter la leçon d’efficacité de l’Allemagne et accepter la leçon de l’échec des politiques de rigueur aveugles pratiquées en Espagne ou en Italie. Presque une gageure.

*Photo : DGTresor.