On en causait dans les couloirs de Bruxelles, mais l’épargnant chypriote n’y croyait pas : la chancelière allemande Angela Merkel a exigé que les fonds déposés dans les banques de l’île de Vénus soient ponctionnés pour accepter que l’UE et le FMI prêtent 10 milliards d’euros pour sauver le pays de la faillite.
Le chypriote moyen, dont le bas de laine tout aussi moyen lui permettait de se protéger des aléas de la vie, était persuadé que cette taxe ne concernerait que les gros dépôts des non-résidents, notamment ceux d’oligarques russes de provenance douteuse. Erreur, car tous les comptes courants ou d’épargne sont taxés dès le premier euro à 6,75% jusqu’à 100 000 €, et à 9,9% au-delà. Pendant ce week-end, tous les distributeurs automatiques de billets ont été bloqués pour éviter des retraits massifs.
Le butin du casse – 5,8 milliards d’euros –  est largement supérieur à celui de l’attaque du train postal Glasgow-Londres en 1963. Pour la première fois depuis la création de l’euro, la garantie bancaire du montant des dépôts jusqu’à 100 000 € a été battue en brèche. Même si les braqueurs institutionnels de Bruxelles, Francfort et Washington jurent leurs grands dieux que le cas de Chypre est unique et non reproductible, je commence à sérieusement réfléchir à déplacer à quelques dizaines de kilomètres de mon domicile haut-savoyard le modeste pécule amassé au cours d’une longue et dure vie de travail.
J’en informerai, bien entendu, Médiapart en temps utile.

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