L’indépendance de la Justice est évidemment l’un des premiers attributs d’un pays démocratique. Indépendance à l’égard des pressions d’en haut – que nous autres Français passons notre temps à dénoncer –, mais aussi à l’égard des passions d’en bas. Lorsque la foule en furie s’apprête à lyncher un suspect, dans la vraie vie ou dans les médias, le représentant de la loi doit être en mesure de lui offrir un refuge, quand bien même ce serait la prison, parfois pour lui sauver la vie, toujours pour lui offrir le bénéfice d’un procès aussi équitable que possible. C’est ainsi que se manifeste la civilisation dans les bons westerns. « La colère des hommes n’accomplit pas la justice de Dieu », nous apprend la Bible, et chacun sait que tout bon shérif a une Bible dans une main et un fusil dans l’autre, deux bons moyens d’entraver le déchaînement de la violence populaire. Cette conception n’était pas tout à fait celle de Mao qui, dans son cercueil de cristal, semble aujourd’hui retrouver une nouvelle jeunesse post-mortem. Non seulement Xi Jinping, nouveau patron de la République populaire de Chine, le cite volontiers, mais on dirait qu’il applique scrupuleusement certains de ses préceptes. Le 23 mai 1958, à l’orée de son très regrettable Grand Bond en avant, et après les vastes purges de sa première campagne anti-droitiste, Mao incitai le parti à « suivre le peuple », afin que le peuple suive ensuite le parti.

C’est ce que semble faire aujourd’hui Xi Jinping dans le cadre d’une vaste campagne anti-corruption qui frappe de façon féroce un nombre toujours plus important d’officiels et d’hommes d’affaires chinois et, de plus en plus fréquemment, étrangers.

*Photo : Xie Huanchi/AP/SIPA. AP21474441_000010.

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