Charb est une sorte de musulman, nous l’avions écrit il y a quelques mois, et apparemment nous avions raison. Il ne nous appartient pas de savoir s’il a fait sa chahada-bada, c’est-à-dire prononcé les paroles de foi en Allah et son prophète. Pourtant, c’est une évidence que le bonhomme demeure fasciné par ce personnage qui lui a assuré la fortune médiatique depuis les premières caricatures qu’il lui a consacrées. Nous avions encore écrit que 2013 serait l’année sans affaire, annonçant d’étranges réconciliations et ralliements. Il faut croire que nous n’étions pas non plus très loin de la vérité. Que Charb, après avoir emboîté le pas aux Danois en représentant Mahomet cul par dessus tête, ait souhaité de montrer ensuite aux musulmans qu’il n’était pas que le diable sacrilège, c’est fort bon. Mais qu’il se croie obligé d’en rajouter dans le « halal », mot barbare qui doit se traduire en bon français par conformité aux lois, religieuses cela va sans dire, voilà qui le révèle définitivement pour un conformiste, à qui en aurait encore douté.

L’affaire était d’ailleurs si grave que le porte-parole du gouvernement soi-même, mademoiselle Vallaud-Belkacem, s’est cru obligé de féliciter publiquement notre Caran-d’Ache du XXIème siècle pour sa modération. C’est tout juste si on a évité la guerre avec l’Allemagne. On respire. Il ferait beau voir que les bouffons osent dire que le roi est nu. Les pitres d’hier seront les dames-patronnesses de demain, qu’on se le dise : « À partir du moment où ce n’est pas pour ridiculiser Mahomet, nous confie le palinode, je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas lire ce livre comme on lit au catéchisme des histoires de la vie de Jésus ». Le XIXème siècle avait ses démonologues contrits, comme Huysmans. Nous aurons les caricaturistes théologiens. Figaro taillait des barbes, Charb les fait pousser. On n’arrête pas le progrès.