capture d'écran M6

Dieu m’est témoin que je suis hétérosexuel, surtout en ce moment, mais vingt dieux, que ce mec est sexy ! Peut-être bien le plus beau journaliste du PAF, avec son frère Delahousse et avant Nikkos Aliagas. J’aurais été beau, j’aurais voulu être comme lui. J’ai presque la même mèche, en plus courte. Du coup, qu’il y en ait pour mettre en question ses compétences professionnelles, ça m’surlecutte[1. félicitations à l’heureux gagnant !]. Bon, il est peut-être meilleur en communication qu’en journalisme mais on ne va pas être trop exigeant.
Face à lui : Eric Besson. Forcément Besson.

Il ne m’en voudra pas, parce que ça ne l’a pas empêché de pécho grave, mais ok, c’est pas précisément Daniel Craig ni même Keanu Reeves. Et puis : Besson, quoi. L’homme du « néo-conservateur bushiste à passeport français », l’homme de la trahison, l’homme de l’identité nationale. Et c’est à cet homme, le même, qu’il incombe de défendre le nucléaire après Fukushima.
Un si parfait salaud ne peut pas être totalement mauvais.
Alors, voyez, moi je dis que le coup du ministre qui quitte le plateau excédé avec des mots à faire rougir la chaisière, c’est facile. Et j’ai ma thèse. Reprenons.

Ci-dessous quelques-unes des questions – ou faut-il parler des thèses ? – de Guy Lagache. Mais notez qu’elles ne se lisent pas. Il faut entendre, voir, Lagache les formuler.

* On ne connaît pas précisément ce que nous coûte l’énergie nucléaire ?!
* S’il a demandé un audit, ça veut dire que c’est pas très précis quand même les chiffres !
* [On va vers la transparence] Ca veut dire qu’il n’y en avait pas suffisamment ?!
* Mais vous reconnaissez tout de même, Eric Besson, que, dans la filière nucléaire, il y a eu, traditionnellement, un manque de transparence et une certaine forme d’opacité ?! Vous le disiez !
* Donc l’audit du Président n’a rien à voir avec le fait qu’il manque des connaissances ???
* En tout cas ce qui est clair, c’est que depuis Fukushima, depuis la tragédie de Fukushima, 62% des Français sont pour une sortie progressive du nucléaire, ils sont inquiets. Est-ce que ce n’est pas précisément le moment de respecter la volonté du peuple et de sortir du nucléaire ?!!
* On sait que les tarifs vont augmenter ?! N’est-ce pas ou pas ? C’est vrai ou pas ?
* Alors : en France, la sûreté nucléaire pose problème. On voit qu’il y a des failles dans la façon de sécuriser les centrales.

Je rappelle que le « néo-conservateur bushiste » ne fut pas de mon goût, que l’identité nationale ne fut pas mon pied. Quant au nucléaire : je ne veux pas mourir dans d’atroces souffrances ni voir mes enfants déclarer une leucémie précoce. Et si l’on peut se contenter de faire tourner un hamster dans une roue en recyclant sa litière, notez que j’opine.

Mais cette histoire de « Capital », je dis qu’elle va plus loin qu’un ministre qui quitte, excédé, un plateau-télé. Je dis que c’est un coup.

Lagache ne pose pas des questions, il assène. Il affirme ses convictions personnelles. Si le président demande un audit, c’est l’aveu d’un manque de transparence. La sûreté nucléaire pose problème : c’est comme ça. Et un sondage, c’est la volonté du peuple, et il serait bienvenu que les politiques qui, d’ailleurs, manquent de volonté pour multiplier les fleuves, se bougent un peu le tréfonds pour la respecter cette volonté, non ?!

Lagache, d’ailleurs, ne réagit pas quand Eric Besson lui retourne, de façon d’ailleurs contenue et courtoise : « je veux bien que vous défendiez une thèse, essayez d’écouter une partie de la mienne ». Est-ce le rôle d’un journaliste de défendre une thèse ? Assurément pas. Encore moins en brandissant un sondage comme l’expression de la volonté du peuple ou en proférant des mensonges sur l’opacité supposée régner dans le nucléaire.

Il ne s’agit plus seulement de passer un ministre sur le gril, je dis qu’il y a trahison de son statut de journaliste. Parce qu’il est censé défendre une forme de neutralité, parce que, en interpellant le ministre, il est le porte-parole du téléspectateur et citoyen, ses propos ont une autorité qui va au-delà de leur contenu argumentatif. Si le journaliste affirme que la sûreté nucléaire pose problème, cela devient un fait qu’il ne s’agit plus de discuter mais seulement de commenter. Or, à l’inverse de cet intermédiaire transparent, le ministre est présumé partial… On comprend que ça Lagache, Besson.

En somme, Lagache ne reste pas à sa place : Besson, non plus.
Lagache, donc, n’agit pas en journaliste, mais en en communicant. Il fomente son coup, il fourbit son clash. Et que Besson soit renommé pour son impétuosité ne fait que confirmer mon hypothèse : pousser à bout ce numéro-là n’est pas le plus malaisé. Quant au risque d’image, il est minime sinon nul : Besson, et sur le nucléaire, c’est mal au carré ! Ce n’est pas aussi payant que de faire les gros yeux roulants à Jean-Marie Le Pen, mais presque.

Dans quel but, me dira-t-on ? Le buzz, donc l’image. Voilà « Capital » et Lagache parés des atours du journalisme pugnace, contestataire, rebelle ! Ca-pi-tal, de M6, qui se pose en anti-nucléaire, et qui pourfend Besson, c’est énorme. Quel repositionnement ! « Capital », le magazine du capital, programme factieux ? Quelle opération ! Et Lagache n’a plus seulement une belle gueule : il a un cœur, il a une âme, Lagache, il a des convictions. Et du courage. Lagache l’insoumis, qui l’eût cru ?! Faut être accroché à son hétérosexualité comme une moule à son rocher pour ne pas avouer un faible pour cet homme.

Besson aurait de toute façon commis une erreur en partant. Parce qu’un ministre, ça ne fait pas ce genre de choses ? Peut-être, mais il ne faut pas être fermé aux expériences nouvelles. Sa véritable erreur est surtout d’être tombé dans l’embuscade, autrement dit d’avoir joué sa partition dans le plan com’ préparé à l’avance. Et, accessoirement, d’avoir privé les téléspectateurs d’un échange d’arguments pourtant nécessaire.

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