Le député socialiste des Bouches-du-Rhône Patrick Mennucci, la psychiatre Béatrice Stambul et 150 autres personnalités marseillaises ont lancé un appel pour la légalisation contrôlée du cannabis. « Marseille souffre des dommages causés par la prohibition du cannabis, assure le texte. Nous voulons porter le changement et appeler à une politique plus efficace et plus humaine. C’est pourquoi nous lançons de Marseille cet appel à la France, pour que, dans la période électorale qui arrive, le débat sur la légalisation du cannabis soit ouvert. » En somme, plutôt que de financer la guerre, quelquefois bruyante, entre stups et trafiquants, pourquoi ne pas couper l’herbe sous le pieds des dealers et légaliser le cannabis ? La police pourra être utilisée à des tâches plus urgentes comme surveiller les radicalisés et autres djihadistes, quoique ces univers soient, de toute façon, très connexes. Message reçu par Benoît Hamon.

Et plutôt bien pensé. Même si un risque demeure: qu’une telle politique fasse monter la consommation dudit cannabis. « Et alors ? », objectera-t-on, fumer un joint ou boire un coup, quelle différence ? Après tout, en Angleterre, les rues, le samedi soir, sont pleines de gens imbibés qui titubent d’un pub à l’autre en gueulant des trucs incompréhensibles (pour un Français). N’aurait-il pas mieux valu fumer un petit pétard au coin du feu ?

Le hash, après tout, ça a l’air… cool. Mais en vrai, ça fait quoi ? Certains vantent ses vertus thérapeutiques. D’autres un peu moins : une récente étude menée sur des consommateurs réguliers de cannabis a montré qu’il provoquait une baisse de l’irrigation sanguine du cerveau. Ce qui pourrait causer maladies cardio-vasculaires, AVC et réduction de la matière grise favorisant notamment l’apparition de la maladie d’Alzheimer. Tout est sur internet : je ne vais pas m’y attarder, mais plutôt apporter un témoignage subjectif.

L’assèchement des sentiments

Être contre la légalisation du cannabis, c’est un peu comme être contre le mariage pour tous : un peu réac, un peu ringard, pas dans le coup. Dans le coup pourtant, je l’ai été. D’accord, c’était il y a quarante ans ! Mais je fumais des pétards et prenais même du LSD…

Quand vous prenez une substance hallucinogène (et le cannabis en est une, c’est une question de quantité) vous avez le sentiment d’augmentation de vos perceptions. C’est encore plus marqué avec le LSD où le monde autour de vous commence à ressembler à un tableau hyper réaliste. Mais j’ai eu des expériences similaires avec la marijuana. Au fond, c’est comme ce qu’a écrit Aldous Huxley dans Les Portes de la Perception. Partant du simple hash jusqu’au LSD et à la mescaline, ce sont des substances psychédéliques qui altèrent la conscience. Bon, j’avais la défonce mystico-intello. La plupart de mes compagnons avaient l’air plutôt abrutis, balançant la tête au son de la musique, ricanant bêtement d’une manière soudaine. Je ne sais pas la tête que font les jeunes d’aujourd’hui qui ont fumé un pétard : j’ai lâché l’affaire depuis longtemps.

Mais il y a un effet sur lequel je veux insister qui est pour moi la raison pour laquelle il faut impérativement ne jamais toucher à ça, c’est l’assèchement émotionnel. Ça a été décrit par des psychologues, des usagers… En tout cas, pour moi c’était clair et terrible.

Une drogue comme une autre

Un des plus grands plaisirs que j’avais étant jeune, c’était de humer l’air du temps. Je m’emplissais du monde qui m’entourait et j’en savourais les émotions. Des émotions indescriptibles, liées à des images, des odeurs, qui me donnaient la chair de poule, me faisaient exulter, ressentir une joie interne : remonter une simple rue dans Paris était une aventure enivrante.

Si j’ai fumé du cannabis, c’est sans doute parce que tout le monde (autour de moi) en fumait, par conformisme non-conforme. Et un jour, j’ai noté que ces délicieuses perceptions étaient comme mortes. La source de cette félicité s’était tarie. Les émotions étaient au « deuxième degré », distancées. J’essayais de les recréer mais elles ne m’étonnaient plus, ne me surprenaient plus. J’avais un contrôle mental sur les choses, j’éprouvais un sentiment de solidité, j’avais l’impression de m’être refermé. J’ai attribué ça au passage à l’âge adulte. Et un jour, quelqu’un d’autre a partagé avec moi son expérience, il l’attribuait à la prise de drogue. Mais lui, c’était des antidépresseurs. « Mind altering drugs » disent les Américains.

Nous vivons dans un monde où beaucoup ont perdu la saveur de la vie à cause de toutes sortes de drogues, illégales ou légales, qui profitent à des dealers de rue ou à des compagnies pharmaceutiques internationales.

Doit-on vraiment faciliter l’accès des jeunes aux portes de la non-perception, à la perte de ce qui est le plus précieux : le plaisir de vivre ? Pour faire la guerre aux dealers, légaliser le cannabis n’est pas la solution. Mieux vaut employer des fonds pour faire une vraie campagne de compréhension de ses effets et surtout de son absurdité. Et si vous voulez savoir ce que ça fait, lisez plutôt Aldous Huxley.

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