(Si vous ne savez pas ce qu’est le Camp d’été décolonial, allez sur leur site officiel ou lisez cet article. Ce n’est pas un procès, la défense parle en premier.)

Mettons les choses au clair tout de suite. Je ne vais pas critiquer le Camp d’été décolonial en arguant du fait que les Blancs ne seraient pas admis. D’autres l’ont fait mais ce n’est pas leur principal défaut selon moi. Leur véritable tare, ce n’est pas faire du racisme inversé, c’est faire du racisme tout court. Ce n’est pas d’exclure les Blancs mais de perpétuer l’exclusion des Noirs et des Maghrébins, en les écartant de la communauté nationale.

Les partisans du Camp d’été décolonial rétorquent qu’il existe des tas de lieux où les minorités ethniques sont exclues de fait et ça ne cause pas autant de scandales. C’est vrai.

Il y a quand même une grosse différence. Nul ne doute qu’exclure toute personne colorée des instances de pouvoir servirait les intérêts des Blancs. On peut même imaginer un complot des Blancs à l’échelle mondiale pour exclure les Noirs, les Arabes, les Asiatiques, les Métis de toute instance de pouvoir. Cela perpétuerait la domination des Blancs pour des siècles et des siècles. Ce projet suprémaciste serait, certes, moralement douteux mais d’une redoutable efficacité et d’une totale cohérence avec les intérêts de ceux qui le portent.

À l’inverse, créer une instance, un débat ou un camp d’été où les Blancs seraient exclus ne favoriserait pas les Noirs. Bien au contraire, une telle initiative ne fait que renforcer les stigmatisations. Et c’est ce que je vais tenter de démontrer ici.

Critiquer les idées

Faisons un petit détour auparavant. Certains justifient la non-mixité raciale en citant les réunions féministes basées sur une non-mixité de genre. Sauf que les arguments pour défendre la non-mixité de genre ne peuvent pas transposés tels quels pour défendre la non-mixité raciale. Les contextes politiques sont différents.

Car le plus important ici, ce n’est pas un mode d’action mais les idées bien spécifiques qui l’ont justifié. Et les idées qui sous-tendent le Camp d’été décolonial vont bien au delà du tri des participants. Ce n’est que la partie émergée de l’iceberg. Je dirais même que j’aurais pu écrire le même texte (ou presque) si le Camp d’été avait été mixte mais avec la même ligne idéologique. Mais la non-mixité a au moins le mérite d’exposer clairement leur vision des choses.

Rien que leur nom pourrait permettre de noircir des pages : “Décolonial”. Comme s’il y avait un lien même indirect ou symbolique entre un peuple étranger exploité à des milliers de kilomètres de Paris au XIXème siècle et un jeune Français noir qui n’arrive pas à trouver de travail en 2016 dans le 14ème arrondissement de Paris.

Les Décoloniaux rétorqueront qu’il y a un lien : le racisme d’Etat, la domination structurelle des Blancs sur les Noirs depuis des lustres. Une question de pouvoir, pouvoir qui a toujours appartenu aux Blancs.

D’abord, notons au sujet du terme “racisme d’Etat” que la gare de Drancy mène désormais à l’aéroport de Roissy. Certes, le lieu n’est pas très accueillant mais il semble respecter la Convention de Genève.

 

Plus sérieusement, le problème de cette vision du monde, c’est qu’elle voit l’Histoire comme un tout. Avec un même sens. Tant du point de la direction (les Blancs domineront toujours quelle que soit l’époque) que de la signification (tout événement à un temps t peut se lire comme une preuve de la domination blanche). C’est une vision qui croît en une Loi de l’Histoire immuable, loi qui profiterait toujours aux mêmes.

Or, l’Histoire est plus compliquée que cela. Elle est faite d’avancées, de soubresauts, de reculs, de pertes et de conquêtes. Il est difficile de lui donner un même sens, dans toutes les acceptations du terme. Tout n’est pas tracé, rectiligne. La France a connu l’esclavage, l’abolition de l’esclavage, la colonisation, la décolonisation, la Françafrique, le 6 février 1934, le Front Populaire, Vichy, la Résistance… Elle a connu aussi la Révolution, la Terreur, le 1er Empire, la Restauration, le 2nd Empire, la République…

Assignation identitaire

Mais au delà des raccourcis historiques, cette référence post-coloniale a un autre défaut, plus grave. Elle ramène nombre de Français et notamment de jeunes Français à une condition fantasmée d’étranger. On les ramène à une Histoire qui n’est pas la leur. La France de 1789, de l’école gratuite, de la Sécurité sociale, ce n’est pas leur héritage.

Cette vision les amène non pas à se penser comme membre à part entière de la communauté nationale mais comme d’éternels étrangers. En leur inventant un passé fantasmé, on les empêche d’avancer, de faire leurs propres choix.

Là est la vraie perversité de ce Camp : l’assignation identitaire. Parce qu’on a telle couleur de peau, parce que nos parents ne sont pas nés en Picardie, on appartient forcément à tel groupe, tel clan. Un clan à qui on a des comptes à rendre.

Prenons un exemple : l’affaire Benezma (clique ici si tu étais sur Mars ces derniers mois). Dans un 1er temps, Karim Benzema avait choisi Me Alain Jakubowicz comme avocat. Or, Jakubowicz est également président de la Licra.

Et cela n’a pas plu à Sihame Assbague, co-organisatrice du Camp d’été et qui ne partage pas vraiment la même vision de l’anti-racisme que Jakubowicz (qui s’est d’ailleurs opposé au Camp d’été).

On comprend mieux grâce à ce second tweet :

On rassure la militante : Benzema a bien changé d’avocat et est désormais défendu par Me Dupond-Moretti.

Mais revenons au sujet. Une nouvelle fois, Assbague reproche à Benzema ses choix et surtout lui intime : “Respecte-toi”. En quoi Benzema ne se respecte pas en engageant Jakubowicz ? Jakubowicz n’aime pas le foot ? Il supporte le Barça ? Il roule en secret pour Valbuena ? Et “respecte-nous”, ça veut dire quoi ? Qui est ce “nous” ? Les supporters du Real ?

Lepénisation des esprits

Arrêtons de troller. Si Assbague réclame le soutien de Benzema, c’est juste parce qu’il s’appelle Benzema. Parce que ses ancêtres ne sont pas nés à Dunkerque, Benzema devrait adopter certaines positions politiques. Pour Assbague, quand on s’appelle Karim, même si on joue chez les Bleus, on reste un étranger. On doit alors être solidaire de tous les Karim de France et bien choisir ses fréquentations. Dans sa logique, Karim sera toujours plus proche d’un autre Karim que d’un Antoine ou d’un Yohan. Du pur racialisme.

Un discours qui en rappelle un autre. En 1996, Jean-Marie Le Pen avait fait scandale en déclarant :

“Je trouve que c’est quand même un peu artificiel de faire venir des joueurs de l’étranger et de les baptiser ‘Équipe de France’.”

Pour Assbague et Le Pen, il y a les vrais Français et il y a les autres. Ils partagent la même vision de l‘identité basée sur le sang. Les extrêmes se touchent.

Le Camp d’été se base sur la même logique. Un Noir sera toujours plus proche d’un autre Noir que d’un non-Noir. C’est chez les Noirs qu’il pourra trouver en priorité des solidarités politiques juste parce qu’il s’agit de Noirs. Alors pour se former politiquement, pour trouver des solutions, il vaut mieux traîner entre Noirs, parce que les Noirs ne seront jamais autre chose que des Noirs. Comme si on ne devait plus penser avec sa tête mais avec son ADN.

On me dira que la parole va plus facilement se libérer s’il n’y a pas de Blancs dans la salle. Si on suppose que les Noirs sont tous d’accord et que les Blancs sont tous racistes, c’est sans doute vrai. Si on refuse tout racialisme et tout essentialisme, on peut douter de cet argument. Mais certains pensent en effet que les Noirs sont tous d’accord ou du moins devraient l’être.

Pour mieux comprendre, on peut citer ce tweet du Camp d’été :

La “bancalité” ? En quoi, les “racisés” opposés au Camp décolonial seraient bancals ? Ma prise de position anti-Camp d’été est tout à fait cohérente avec mon parcours. Parce que je suis Français, fier de l’être et que je crois en la République unie et indivisible. Il n’y a rien de bancal là dedans. À moins que les organisatrices du Camp pensent que les “racisés” restent éternellement liés à leurs “racines” et que toute pensée universaliste de la part d’un “racisé” relève de l’incohérence voire de la trahison. Certains ont même des injures spécifiques pour ces déviants : Bounty (Noir dehors, Blanc à l’intérieur) ou Arabe de service.

#jesuisFrançais

On dira que face au racisme, il est nécessaire que les minorités soient solidaires, s’organisent elles-même. À ce sujet, citons à nouveau le Camp d’été(le gras est de moi) :

“On a besoin de reprendre confiance en nous, de croire en nos paroles, en nos actions, en notre organisation. On a besoin de faire les choses par nous-mêmes, pour nous-mêmes et avec nous-mêmes, c’est une forme de reconquête d’un pouvoir muselé. Et c’est l’un des atouts de la non-mixité.”

Désolé, je forme un “nous” avec tous les Français pas seulement avec ceux qui partagent ma couleur de peau. À la rigueur, je forme un “nous” avec les fans d’Adele et de Zooey Deschanel. Mais je ne forme pas un “nous” avec des gens pour le seul prétexte qu’on a le même taux de mélanine. Le “nous” se base sur des aspirations communes pas sur de la génétique.

Le racisme vient justement du fait qu’il n’y a plus de “nous” en France. Il y a un manque de valeurs communes qui nous rassembleraient quelque soient nos origines, notre religion. C’est le règne du chacun chez soi, chacun avec sa communauté. Le problème de la France, c’est l’atomisation de la société, le repli sur soi et pas le manque de solidarité raciale.

Pour militer, je veux m’organiser avec ceux qui partagent mes idées pas avec ceux qui partagent ma couleur de peau. Et les deux ne sont pas liés. Je serai toujours plus proche d’un républicain blanc que d’un communautariste noir.

Ce qui définit mon identité, ce n’est pas ma couleur de peau, ce sont mes idées, mes propres aspirations. Mes racines, c’est la France que j’aime, celle de la liberté, de l’égalité, de la fraternité et du fromage qui pue. Je suis lié à la France, le pays où je suis né et où j’ai grandi, où j’ai mes amis. C’est mon présent et sans doute mon futur. Pouvoir se dire Français quand on est non-Blanc, c’est une victoire contre le racisme, une victoire que les Décoloniaux veulent nous retirer.

C’est pour ça qu’on peut parler de “néo-identitaires” au sujet du Camp d’été décolonial. Ce Camp n’est pas un nouvel antiracisme, c’est un remix de l‘extrême-droite identitaire. Il n’émancipe pas les gens, ils les enferment dans des petites cases. Au lieu de défendre des valeurs communes, il cultive les divisions. Chaque personne, peu importe ses idées, ses désirs, sera toujours vue à travers le prisme de sa “race”.

Ce refus de l’universalisme, c’est typiquement la pensée des identitaires d’extrême-droite. Il y a “leur” peuple, leur “nous” et les autres. Il y a les vrais Français, les Français de souche, et les autres. Peu importe son attachement aux valeurs républicaines, Karim sera toujours un Karim. Pour ces gens, être Français, c’est une question de génétique et pas une aspiration personnelle. Pour eux, on peut avoir des papiers français, être né en France, on ne sera jamais un vrai Français.

À peu de choses près, les néo-identitaires du Camp décolonial sont dans la même logique essentialiste. Sauf que leur soutiens médiatiques ne se trouvent pas chez Fdesouche mais chez Buzzfeed France.

Va ni*** la race

J’ai employé plusieurs fois le mot “race” avec des guillemets. Sur ce point, il faut partir des propos des organisatrices du Camp d’été (le gras est encore de moi) :

“Dans nos bouches à nous, militants de l’antiracisme politique, le concept de race ne renvoie pas du tout à une réalité biologique mais à une réalité sociale. Il ne s’agit pas de faire des classifications entre les ethnies mais de reconnaître que les mythes autour de la race, qui ont été produits par l’esclavage et la colonisation, ont eu des effets catastrophiques, destructeurs, dont on paie aujourd’hui encore le prix fort. Oui, il n’y a qu’une seule race, la race humaine, blabla mais là n’est pas la question.

D’une part, le fait qu’il n’y ait qu’une seule race, c’est bel et bien la question. C’est bien de la défense de l’universalisme dont on parle. D’autre part, le concept de race n’est pas une “réalité sociale” mais un construit social. Ce n’est peut-être qu’une question de vocabulaire mais les mots sont importants.

Prenons un exemple (un peu con). La table de ta cuisine, c’est une réalité. Quelles que soient nos idées politiques, on ne peut nier que cette table existe et dans des dimensions précises. Cette table, elle existait peut-être avant toi. Peut-être qu’elle existera encore après ta mort. Si tu perds la mémoire, ta table, elle sera encore là. Et si jamais la Corée du Nord nous envoie une bombe nucléaire et qu’on meurt tous, ta table, elle sera toujours là.

La “race”, c’est différent. La “race blanche” n’est pas aussi universellement reconnue que les dimensions de ta table. Qui est Blanc ? Les Européens ? Les Russes ? Les Américains ? Les Juifs ? Il y en a même qui estiment qu’il n’y a pas de race. C’est un concept qui ne va pas de soi.

Pour simplifier, le concept de “race” vient de luttes politiques. Il sert à légitimer ou délégitimer des combats. Chacun a sa propre définition de sa “race” selon ses intérêts et ses idées. Un néo-nazi, un identitaire, un catho intégriste, même s’ils ont tous la peau blanche, n’auront jamais la même définition de ce qui constitue leur “race”, leur “peuple”.

L’anti-racisme ne devrait donc pas jouer le jeu de ces conceptualisations. Il doit déconstruire le concept de “race” et non l’instrumentaliser. Il faut revenir sur les processus, les luttes, les intérêts qui ont servi à forcer ces concepts. Un athée convaincu cherche à prouver l’inexistence de Dieu et à délégitimer les clans créés en son nom. Il ne cherche pas à créer de nouveaux dieux ou de nouvelles religions. Et en ce qui me concerne, je suis un “athée de la race”.

 Pour aller plus loin, lisons ce qu’écrit le collectif Mwasi. Mwasi est un collectif afro-féministe (réservé aux “ Femmes cisgenres et trans Noires ou Métisses”) dont est membre Fania Noël, l’autre co-organisatrice avec Assbague du Camp d’été décolonial. En octobre dernier, Mwasi avait également appelé à laMarche de la dignité avec Sihame Assbague.

Le collectif écrit donc au sujet de la “race” (le gras… vous avez compris le truc) :

“Ce n’est pas le fait de parler de race qui est raciste mais le fait de les hiérarchiser entre elles … nuance.De plus, nos expériences de Femmes Noires nous confrontent quotidiennement à des discriminations liées à notre couleur de peau. Si le discours républicain et universaliste tente d’invisibiliser la race, nos vécus nous rappellent qu’elle existe politiquement et socialement.”

Tout d’abord, en effet, parler de “race”, ce n’est pas raciste, c’est racialiste. Ce n’est pas le même terme mais ce n’est guère plus glorieux. D’autre part, on peut remercier les militantes d’avoir critiqué d’elles-même le “discours républicain et universaliste”, ça m’évitera de démontrer en quoi elles refusent l’universalisme justement.

Car le meilleur rempart face au racisme, c’est bien de déconstruire les “races” et pas de les instrumentaliser. L’origine du racisme, c’est le concept de “race” en soi, c’est lorsqu’on favorise l’essence au détriment de l’existence, lorsqu’on nie l’individualité de chacun. Karim peut être diplômé de HEC, footballeur, cuisinier, fan de rap, de rock, de ski, il sera toujours vu comme un Karim. Que ce soit pour le stigmatiser ou pour lui réclamer une solidarité politique.

L’anti-racisme devrait viser à foutre la paix aux gens. À les laisser vivre leur vie, à les voir comme des individus libres. Qu’on les laisse penser par eux-même, faire leurs propres choix. On a fait des études, on a des passions, c’est sur cela qu’on devrait être jugés. Ma réunion non-mixte, c’est d’aller à un concert d’Adele. Pour d’autres, c’est aller à un match de l’OM ou à une convention Star Wars. Parce que c’est là qu’on a forgé notre identité. Parce que c’est là qu’on croise les gens qui nous ressemblent. Et qui nous ressemblent vraiment.

#jesuisratatouille

Comme j’aime bien les métaphores triviales, faisons un petit détour cinématographique. Vous avez peut-être vu le dessin animé “Ratatouille”. Ce n’est pas le meilleur Disney mais il est très bien.
Dans ce film, Rémi, un rat, est passionné par la cuisine. Il a appris à lire, marche sur ses 2 pattes arrières et a pour idole le chef Gusteau. Plusieurs événements vont l’amener à Paris où il pourra réaliser ses rêves culinaires. Malheureusement, il sera confronté à l’hostilité des humains qui ne verront en lui qu’un nuisible. Il devra aussi affronter sa famille qui lui rappellera qu’il restera toujours un rat et qu’il n’a aucun intérêt à se mêler aux humains qui les oppressent depuis des lustres. Malgré tout, Rémi poursuivra son but contre toutes les craintes et tous les préjugés. Et au final, sa famille, qu’il n’oubliera pas, acceptera ses choix et il trouvera des alliés humains inattendus dans le monde de la gastronomie.

Rémi, ce sont toutes ces personnes qui ont pensé que leur destin n’était pas écrit dans leur ADN. Tous ceux qui ont dû affronter les communautaristes de tous bords. Tous ceux qui ont dû affronter les préjugés racistes et les assignations identitaires. Tous ceux qui ont simplement envie d’être eux-mêmes.

Les néo-identitaires auraient dissuadé Rémi de devenir cuisinier. Ils lui auraient parlé de domination, de l’oppression systémique des humains. Ils lui auraient vanté leurs réunions non-mixtes réservées aux rongeurs. En le voyant se passionner pour la cuisine, avoir des amis humains, ils l’auraient traité de“Splinter”, rat à l’extérieur, humain à l’intérieur. [Aparté : Si je parle de rats, c’est parce que ma métaphore marchait moins bien avec les Aristochats.]

Dans leurs têtes, Rémi n’est qu’une victime. Ils ne voient la marche du monde qu’à travers une logique dominants/dominés. Les néo-identitaires ne diffusent pas une culture de l’excuse mais une culture de l’échec. Ils préfèrent parler de tout ce qui essentialise, plutôt que d’inciter chacun à vivre ses propres choix.

Certes, on ne dira que c’est plus facile de vivre ses propres choix quand on est plus favorisé socialement (ce qui est mon cas). C’est vrai mais ce n’est pas en partant perdant d’office qu’on va avancer.

Une sorte de message positif

Alors plutôt que de se lamenter sur le racisme d’Etat ou le colonialisme, il faut trouver des modèles à tous les jeunes Français qui pensent que leurs rêves sont inaccessibles. Ils ont besoin de Rémi pas de Caliméro. Avancer et faire fi des préjugés, ce sera toujours plus utile que les pleurnicheries et le repli sur soi. Quand l’ascenseur social est en panne, on prend l’escalier, on n’organise pas un sit-in non-mixte au rez-de-chaussée.

Réagir au racisme, c’est un peu comme réagir après une rupture (oui, j’aime vraiment les métaphores à 2 balles). Tu peux te lamenter et penser que toutes les femmes sont des p*** et qu’elles t’ont toutes lâché comme une vieille chaussette. Tu peux décider d’organiser des réunions non-mixtes avec tes potes, parce qu’il faut rester solidaire et que vous pourrez déblatérer en toute liberté contre la gent féminine.

Mais au bout d’un moment, tes potes avancent, ils se sont trouvés de (chouettes) copines, ils s’éloignent un peu. Tu te dis “bon débarras”, tu te dis que s’ils ont envie de se faire avoir, c’est leur problème. Tu te trouveras d’autres potes pour d’autres réunions non-mixtes, des potes qui partiront eux aussi. Et si, par miracle, tu te trouves une fille, tu la feras fuir en lui parlantsans cesse de ton ex. Une ex qui sera, au final, bien contente d’avoir largué un connard pareil.

L’autre solution, c’est d’avancer. Ne pas se laisser abattre. Refuser les discours type “toutes des sal****”. Peut-être que tu as fait des erreurs toi aussi. Alors, tu vas changer de look, faire du sport, t’inscrire à des cours de peinture ou de cuisine. Bref, n’importe quelle activité qui va te permettre d’évoluer, d’être meilleur. Peut-être que tu vas devenir un mec génial, beau, drôle et intelligent. Tu vas aller dans plein de soirées mixtes et rencontrer des filles. Tu vas même choper le sosie de Zooey Deschanel ou de Taylor Swift. Tes potes vont t’admirer parce que tu seras un modèle de réussite. Ton ex sera dégoûtée parce qu’elle a largué un mec super cool.

La métaphore est caricaturale. Mais vous aurez compris le message de fond. Il faut apporter un message positif malgré tout. Ignorer les critiques. Oui, les discriminations, le racisme existent mais on peut pas rester focalisé là dessus. Il n’y rien de plus jouissif que de monter à ses adversaires qu’on en a cure de leurs préjugés, qu’on a pas peur de leur pouvoir, qu’on continue à avancer. On doit montrer montrer qu’on est pas des rageux, des frustrés.

On ne sera plus des nègres, des racisés, des bougnoules, des Bounty, des issus de la diversité, des Arabes de service. On sera simplement la meilleure chose qu’il soit : nous-même.

 

>>> Article paru initialement sur Medium.com

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